Les « sales têtes » un documentaire original sur le délit de faciès ou « délit de sale gueule »

Les sales têtes

Fiche artistique et technique
Réalisateur et auteur : Davide Tosco Montage : Catherine Gouze Producteurs : Les Films d’Ici/Serge Lalou Graffiti Doc/Enrica Capra Néon Rouge /Aurélien Bodinaux Partenaires : CNC, Region Piemont, Museo Nazionale del Cinema, Film Commission Torino Piemonte, MEDIA Plus Development Program Durée : 52′ Genre : Documentaire société Format : Vidéo Année : 2006

sales_tetes_2Dès les débuts de la criminologie, au XIXe siècle, des scientifiques ont tenté de dresser le portrait-robot du criminel, mêlant leurs présupposés idéologiques à des méthodes contestables. Phrénologie, fichage anthropométrique, anthropologie criminelle et eugénisme établissent un lien entre traits de caractère et traits physiques. Dans la lignée de l’atavisme, le médecin italien Cesare Lombroso affirme qu’un physique simiesque, avec des mâchoires proéminentes, des arcades sourcilières développées et des oreilles décollées, est synonyme de retard mental et de sauvagerie. Pour son plus grand malheur, l’Allemand Bruno Lüdke répond parfaitement à ces critères. Il incarne la brute épaisse à la perfection. Dans Les sales têtes, images d’archives et photos à l’appui, des experts français, allemands et italiens reviennent sur ces théories.

sales-tetes-4Pour éclairer l’exploration scientifique, le documentaire retrace en parallèle l’histoire de Bruno Lüdke. Soupçonné du meurtre d’une veuve, il a de petits antécédents pour vols mais surtout une « bosse du crime » proéminente. Considéré comme retardé selon les codes de l’eugénisme nazi, il est accusé d’avoir commis quatre-vingt-un crimes entre 1926 et 1943 ! Il meurt en 1944 des suites d’expériences médicales. Aujourd’hui, on ne sait même pas s’il a accompli ne serait-ce que le premier de ces meurtres. Une chose est sûre, son cas suscite dès le début un énorme intérêt, comme en témoignent les photos de trois gros albums conservés à Berlin. Cette stigmatisation scientifique du criminel type a clairement influencé nos propres représentations du « méchant ». Sauf qu’aujourd’hui, le monstre a pris le visage d’un criminel qui ressemble à monsieur Tout-le-monde.

Première diffusion en France : 19.11.2006 sur ARTE dans le cadre de la soirée THEMA « Délit de sale gueule »

Extrait gratuit, location et achat sur le site VOD de la chaîne ARTE

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Un avis subjectif :
Il s’agit d’un sujet important, difficile et complexe, qui se prête particulièrement à un traitement visuel de type documentaire. Celui-ci a le grand mérite d’être le premier.
En qualité de conseiller scientifique, je peux témoigner du temps pris par la production pour explorer de nombreuses pistes et livrer au final, une information d’une richesse exceptionnelle. Le criminologue historien Robert Lilly y replace avec pertinence la question de la « sale tête » dans la difficulté plus globale que nous avons d’appréhender sereinement l’inconnu (( Je profite, au passage, pour signaler l’excellent documentaire « La face cachée des libérateurs » (écrit par Alain Moreau et réalisé par Patrick Cabouat, tiré de la recherche de R. Lilly parue sous le titre « La face cachée des GI’S. Les viols commis par des soldats américains en France, en Angleterre et en Allemagne pendant la Seconde Guerre Mondiale », Payot, 2003. )).
Le cas Lüdke est méticuleusement traité par Suzanna Regener, spécialiste de la construction médiatique des visages, tandis que Silvana Turzio analyse l’importance de la photographie dans la construction d’une science des visages.

sale-tetes-3Une troisième « tête » apparaît à trois reprises, pour présenter la phrénologie, l’anthropologie criminelle et poser l’hypothèse que de nos jours, la figure du monstre criminel est devenue versatile : elle peut être objet de stigmatisation physique mais aussi se cacher derrière un visage commun, celui du voisin ou d’un proche…

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Et juste en souvenir du plaisir pris à travailler avec l’équipe…

Voici dévoilées les bonnes têtes de Davide Tosco (réalisateur) et Enrica Capra (co-productrice), prises dans un café parisien, le 8 février 2005, avant une séance de tournage au Musée de l’Homme.

A noter :
Le documentaire rappelle que le cas Ludke a fait l’objet d’un film de fiction réalisé par Robert Siodmak : Les SS frappent la nuit (Nachts wenn der Teufel kam, Allemagne, 1957). Ce film fut d’ailleurs un grand succès et il fut récompensé par plusieurs prix. Mario Adorf composa dans le rôle du tueur sa plus forte interprétation, comme Peter Lorre l’avait fait, quelques années plus tôt, dans « M », de Fritz Lang. Tout, dans le jeu de Mario Adorf, est fait pour rendre l’assassin inquiétant : les mimiques, la gestuelle, l’expression et… les actes.

Mais au fait, Siodmak croyait-il à la correspondance du physique et du psychique, autrement dit, au délit de « sale tête » ?

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On peut en douter…

Il suffit pour cela de se reporter au très beau Dark Mirror (La double énigme, 1946) dans lequel Olivia de Havilland joue deux sœurs jumelles dont l’une est une psychopathe meurtrière, tandis que l’autre sert d’alibi.

Comment, malgré l’identité physique, la police, aidée ici d’une science, parvient-elle à démasquer la véritable meurtrière ?

A découvrir ou à revoir…