« C’est à la prison à reconnaître les siens ». De l’anthropométrie judiciaire à la biométrie contemporaine

Reconnaître un détenu apparaît comme une exigence constante dans la longue durée de l’histoire pénitentiaire. De l’Ancien régime à nos jours, toute personne incarcérée par voie légale fait l’objet d’une procédure particulière d’enregistrement qui atteste de son entrée et de sa sortie de l’établissement de détention. Le registre d’écrou est ainsi le livre officiel sur lequel est inscrite l’identité des détenus. La reconnaissance des prisonniers fut longtemps assurée par le gardien « morgueur » qui avait la charge de dévisager minutieusement tout nouvel entrant. Jusqu’au XIXe siècle, l’identification du justiciable consistait généralement en une simple déclaration, vérifiée pendant la procédure par le recueil de témoignages. Toutefois, afin de distinguer les récidivistes et certaines catégories de condamnés, la justice a longtemps usé d’un pouvoir de marquage des corps coupables.

Sous l’ancien droit, la peine de flétrissure consiste à marquer au fer rouge l’épaule du condamné d’une fleur de lys. Utilisé dans certains cas de bannissement, ce marquage laisse la place, en 1724, à une triple marque lettrée explicitant la cause de la condamnation : « V » pour voleur, « M » pour les mendiants récidivistes et « GAL » pour galérien. La marque au fer chaud est alors presque toujours jointe à celle des galères afin qu’une peine plus sévère soit prononcée si la récidive est constatée. Peine perpétuelle, la flétrissure par la marque est abolie sous la Révolution française…

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Que tout change pour que rien ne change ? Aux origines de la judiciarisation de l’exécution des peines en France (1789-1958)

La judiciarisation de l’aménagement des peines en France est un processus qui ne débute pas avec la création en 1958-59 du juge d’application des peines. Le débat sur les conditions d’application des peines privatives de liberté accompagne l’essor de ce type de peines au XIXe siècle. Il s’agit d’en rappeler ici les principales étapes, en considérant l’exécution des peines dans les prisons, les bagnes portuaires et les bagnes coloniaux. 1958 apparaît alors tout autant comme l’aboutissement fruit d’expérience et de multiples réflexions que le point origine d’un processus inédit.

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Les « vrais » Tontons flingueurs (exposition virtuelle)

Les "vrais" Tontons flingueurs“Les Tontons flingueurs” et “Les Barbouzes” font de nos jours référence à des films éponymes bien ancrés dans l’imaginaire collectif. Réalisés par Georges Lautner, scénarisés par Albert Simonin, servis par le verbe imagé de Michel Audiard et les prestations de Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Charles Millot, ces films donnent à voir une représentation du “milieu” des gangsters de l’après-guerre qui en reprend le vocabulaire, mais pas les manières. Les “vrais” tontons flingueurs s’appelaient Pierre Loutrel dit “Pierrot le Fou”, Jo Attia dit “Jo le Moko” (en référence au film de Duvivier), Abel Danos dit “le Mammouth”, Émile Buisson, René la Canne etc.

Criminocorpus consacre aux “vrais” tontons flingueurs une exposition basée pour l’essentiel sur des documents issus de la collection Philippe Zoummeroff. Tout en revenant sur la complexité d’un moment de l’histoire du “milieu” magnifié par la presse de fait divers, Jean-Claude Vimont retrace des trajectoires individuelles marquées par une violence et des méthodes héritées de la guerre, bien en-deçà de la dérive vers l’imaginaire qui s’opère de manière quasi simultanée à travers l’essor du roman policier puis, un peu plus tard, dans le cinéma de fiction.

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Séminaire Criminologiques. 6 février 2014. Autour de la relégation

Histoire de la relégation en GuyaneLieu : EHESS, salle 2, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris (M° Quai de la Gare, Bibliothèque François Mitterrand)

Jeudi 6 février, de 14 à 16 h

Présentation de l’ouvrage A perpétuité. Relégué au bagne de Guyane, Paris, Vendémiaire, 2013.

Avec Jean-Lucien Sanchez et Danielle Donet-Vincent

La loi du 27 mai 1885 sur la relégation des récidivistes a entraîné, de 1887 à 1953, l’internement à perpétuité de près de 17 894 individus en Guyane française. Cette mesure, unique dans l’histoire du droit pénal français, repose sur une « présomption irréfragable d’incorrigibilité » censée démontrer matériellement le caractère incorrigible d’un délinquant ou d’un criminel récidiviste, sa « dangerosité ». Parce que la prison n’est plus en mesure de les « corriger », les incorrigibles sont désormais éliminés socialement sur le sol d’une colonie. Inadaptés sur le sol de la métropole, les relégués peuvent ainsi y recommencer leur existence et participer à l’enrichissement de l’empire colonial français. Mais les condamnés frappés par cette mesure sont essentiellement des petits délinquants récidivistes coupables de vols simples et de délits de vagabondage. Et, loin de leur permettre de s’installer en tant que colons,  la relégation se transforme sur le sol de la Guyane en une condamnation aux travaux forcés effectuée au sein d’un bagne colonial. Ainsi, comment d’une simple mesure d’exil la relégation s’est-elle transformée en un internement au sein d’un bagne colonial ? Cette séance visera à présenter le fonctionnement de la loi sur la relégation, son application sur le sol de la Guyane ainsi que ses principaux résultats.

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Séminaire Criminologiques. 16 janvier 2014. Michel Porret

Source : Archives d'Etat de Genève: Jur.Pén., X 737, 2 mai 1885-1er juin 1886

Lieu : EHESS, salle 2, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris (M° Quai de la Gare, Bibliothèque François Mitterrand)

Jeudi 16 janvier, de 14 à 16 h

Michel Porret (Université de Genève), Le drame de la nuit. Enjeux médico-légaux et psychiatriques d’un quadruple égorgement maternel commis en mai 1885 à Genève.

En mai 1885, à Genève, Jeanne Lombardi égorge ses quatre enfants puis tente de se suicider. Dans une ville traumatisée par le « drame de la nuit » comme le montrent les obsèques publiques des victimes, dans un environnement médiatique particulièrement réceptif au crime de la mère dénaturée, au terme d’une instruction exemplaire  mettant en jeu tous les savoirs judiciaires et médico-légaux sur le crime,  s’ouvre le procès de Jeanne Lombardi qui oppose les experts sur la nature de la folie homicide. Devenant un cas dans la littérature scientifique avec une nosographie nouvelle (le meurtre par contagion morale), l’affaire Lombardi  illustre le tournant judiciaire qui permet à Genève de poser la question de la responsabilité du fou en cour criminelle.

Littérature:

Michel Porret, Sur la scène du crime. Pratique pénale, enquête et expertises judiciaires à Genève (XVIIIe-XIXe siècle), Montréal, PUM, 2008, chapitre 13: « Le crime de Coutance: la scène du quadruple égorgement », pp. 243-272; idem: « La mère dénaturée ou la folie de Jeanne Lombardi en mai 1885″, Traverse, Revue d’histoire, février 2005 (De la violence domestique), pp. 119-135 (avec des extraits du « Mémoire » de Jeanne); idem, « Le cas Lombardi ou la folie homicide », L’Histoire, novembre 2012, numéro 381, pp. 80-84. Monographie à paraître.

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