Séminaire de recherche 2018-2019 : Histoire de la justice et patrimoine judiciaire

J’organise pour 2018-2019 quelques séances de séminaire portant deux axes de réflexion. Le premier consiste à explorer des affaires criminelles dans leurs dimensions judiciaires, médiatiques et littéraires. On s’intéressera notamment à la fabrique de la conviction judiciaire à partir des éléments matériels produits par l’enquête. Pièces de procédure, sources policières et imprimés seront confrontés pour saisir le processus aboutissant à une décision de justice, que celle-ci soit consensuelle ou contestée par les lectures médiatiques ou littéraires.
Le deuxième axe questionne la notion de patrimoine judiciaire, son extension (patrimoine matériel, immatériel) et ses recoupements avec d’autres domaines (patrimoine scientifique, patrimoine numérique). La notion sera appréhendée par les savoirs, les pratiques et l’identité des lieux de justice (de jugement et d’exécution des peines), par les sources de leur histoire, par les modalités de leur valorisation (accès public, dispositifs numériques) et les usages sociaux de ce patrimoine sombre.

Dossiers susceptibles d’être traités en 2018-19 : affaire Vacher, affaire Chambige, affaire Seznec, le château-prison de Gaillon, la prison militaire du Cherche-Midi

Horaires : Les séances se dérouleront le lundi de 14 à 16h aux dates suivantes : Lundi 5 novembre 2018, 26 novembre 2018, 14 janvier 2019, 11 mars, 1er avril et 13 mai.

Lieu : Maison des Sciences de l’Homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris (la salle sera précisée aux inscrits avant la première séance)

Modalité d’accès : Ce séminaire est particulièrement destiné aux étudiants porteurs d’un projet de recherche. Il est ouvert à tout participant moyennant inscription préalable auprès de l’enseignant (marc.renneville[at]cnrs.fr). Une validation pédagogique est possible selon les cursus. Elle doit être déterminée au moment de l’inscription.

Gabriel Tarde. The « Swallow » of French Criminology

‘The Anthem Companion to Gabriel Tarde’ offers the best contemporary work on Gabriel Tarde, written by the best scholars currently working in this field. Original, authoritative and wide-ranging, the critical assessments of this volume will make it ideal for Tarde students and scholars alike.

‘Anthem Companions to Sociology’ offer authoritative and comprehensive assessments of major figures in the development of sociology from the last two centuries. Covering the major advancements in sociological thought, these companions offer critical evaluations of key figures in the American and European sociological tradition, and will provide students and scholars with both an in-depth assessment of the makers of sociology and chart their relevance to modern society.

Marc Renneville, « Gabriel Tarde: The ‘Swallow’ of French Criminology » in Robert Leroux (dir), The Anthem Companion to Gabriel Tarde, Anthem Press, mars 2018, pp. 103-108

Gabriel Tarde is better known nowadays for his sociological theories and for his opposition to Emile Durkheim (1858-1917), but Tarde was above all one of the first to criticize the born-criminal theory of Cesare Lombroso (1835-1909) and was the author of an original theory on the perpetration of crime and penal responsibility. Tarde published widely in the field of criminology : he wrote commentaries on criminal statistics, he was in at the birth of crowd psychology, he put forward criteria for ensuring correct sentencing and he developed an original theory of crime and punishment. Tarde was one of Lacasssagne’s main collaborators on the Criminal Anthropology Records and he participated in numerous conventions on anthropology, sociology and penitentiary science. Although celebrated in his lifetime, Tarde’s reputation did not endure. One reason for this can be found in his writings : his books were in effect compilations of articles from which it was hard to distinguish a clear doctrine. Tarde was recognised as an erudite practicioner, but he was isolated and did not gain a wide following.

Read the complete article (pre-published version) on HAL-SHS

La pathologie du suicide. Pour une nouvelle histoire des enjeux médicaux et socio-politiques aux XIXe-XXe siècles

La pathologie du suicide. Histoire du suicideCette journée d’études a été organisée le 13 juin 2016 à l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique (IUHMSP) à Lausanne avec le soutien du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) et la Fondation pour l’Université de Lausanne.

Nous avons donc choisi pour cette journée d’étude de restreindre notre approche à la période contemporaine, prise sous l’angle de l’histoire des savoirs visant à produire une connaissance du phénomène suicidaire. Nous avons délibérément écarté la question du suicide dans la littérature au XVIIIe et au XIXe siècles, bien qu’il s’agisse d’un thème majeur qui a suscité de nombreuses études critiques (Alvarez 1973 ; Gates 1987 ; Bell 2011 ; Faubert 2015). Il ne s’agit pas pour autant d’ignorer les influences réciproques entre médecine et littérature, et tout particulièrement dans le champ de la folie et du suicide. Ces circulations, tant au niveau conceptuel et terminologique qu’au niveau descriptif, ont fait l’objet d’analyse en études littéraires et en humanités médicales, et qui permettent de mieux comprendre la médicalisation du suicide (Rigoli 2001 ; Roldan 2013). En précisant notre cadre d’études, nous avons également écarté certaines questions qui sont à la périphérie de l’acte du suicide, notamment le comportement autodestructeur qui a récemment fait l’objet d’études approfondies (Millard 2015 ; Chaney 2017). Les articles réunis dans ces actes partent de plusieurs axes d’études en histoire, qui ont déjà été bien élaborés, comme la question de la sécularisation et la médicalisation du suicide (MacDonald 1988, 1989 ; Kushner 1991), le rapport entre violence et suicide (Chesnais 1981) et la perspective du « genre » de la mort volontaire (Higonnet 1986 ; Kushner 1993 ; Fauvel 2016).

La majorité des études rassemblées dans les actes portent sur la France métropolitaine. Elles abordent la question du suicide en articulant la perspective médicale avec d’autres disciplines et discours qui ont été déterminants pour la compréhension de ce phénomène. Juan Rigoli examine les influences terminologiques et conceptuelles réciproques entre la littérature et la psychiatrie au début du XIXe siècle. Plus précisément, il met en évidence comment certaines notions comme l’ennui, le vague des passions et le tædium vitae se transforment en concepts psychiatriques dans les traités des aliénistes. Eva Yampolsky examine l’apport des premières études médico-légales sur la médicalisation du suicide. Elle étudie tout particulièrement la position ambiguë du médecin-légiste François-Emmanuel Fodéré, figure charnière entre la criminalisation et la médicalisation du suicide. Dans son article sur la médicalisation du suicide au XIXe siècle, Marc Renneville analyse la transformation des théories psychiatriques et l’influence que d’autres discours ont eu sur le statut du suicide, entre acte de folie, crime et péché. Il examine les débats psychiatriques sur le statut pathologique du suicide au milieu du siècle et le schisme qui se développe entre l’interprétation médicale et la position sociologique sur cet acte à la fin du siècle. Laurence Guignard étudie le rôle précis de la médecine et de la psychiatrie dans la prévention du suicide en prison. Devant l’important taux de suicide dans le milieu carcéral et la responsabilité portée par cette institution sur les prisonniers, elle analyse le niveau de contrainte et l’efficacité des mesures restrictives employées par le personnel médical et carcéral pour prévenir le suicide. Maria Teresa Brancaccio et David Lederer étudient comment des mouvements politiques influencent l’interprétation des statistiques du suicide, notamment celles qui ont été étudiées par le psychiatre Enrico Morselli en Italie et l’économiste Adolf Wagner en Allemagne. En concentrant leurs analyses sur le contexte de l’unification nationale en Allemagne et en Italie au XIXe siècle, ils montrent comment le taux du suicide est utilisé comme mesure de civilisation et de progrès d’un pays.

Étant donné l’important investissement international aujourd’hui dans la prévention du suicide, dont le taux semble résister à ces efforts, mais aussi l’apport que l’histoire peut contribuer à la compréhension de ce phénomène, il nous a semblé important d’ouvrir ce dossier à des perspectives contemporaines. Deux de ces articles portent sur le contexte contemporain de la prévention du suicide et de la suicidologie. L’anthropologue Michela Canevascini examine les outils dont dispose le corps médical dans un service d’urgence psychiatrique en Suisse pour faire face aux comportements suicidaires. Elle questionne la pertinence du dispositif médical dans le contexte de souffrance psychique légère et les contraintes institutionnelles et assécurologiques qui contribuent à la médicalisation des problématiques suicidaires. Howard Kushner, quant à lui, examine les obstacles rencontrés par la suicidologie comme discipline dans la compréhension et la prévention du suicide. Il montre que les difficultés de prévenir le suicide résultent non pas de la complexité de ce phénomène mais des postulats et des arguments moraux sur lesquels cette discipline se fonde.

Accéder aux Actes sur Criminocorpus. Revue hypermédia

Marc Renneville et Eva Yampolsky

Femmes face à la justice : Présumées coupables

Femmes face à la justice. Présumées coupablesLes Archives nationales ont présenté l’an dernier du 30 novembre 2016 au 27 mars 2017 à l’Hôtel de Soubise la remarquable exposition Présumées coupables qui mettait en perspective le thème du crime au féminin, objet de multiples fantasmes véhiculés depuis toujours par les mythes, la religion, l’iconographie, la littérature, le cinéma, etc. Les visiteurs étaient mis au contact de centaine de pièces de procédure qui leur donnaient une autre vision de cette criminalité et, plus généralement, de la place accordée à la femme dans les sociétés européennes, sur plus de cinq siècles d’histoire à travers cinq archétypes féminins : la sorcière, l’empoisonneuse, l’infanticide, la pétroleuse et la traîtresse.
Grâce à un partenariat avec le CLAMOR, l’exposition est désormais visible en ligne sur le site Criminocorpus, musée numérique de l’histoire de la justice, des crimes et des peines.

Visitez l’exposition numérique

La plateforme Criminocorpus est portée par le CLAMOR, Centre pour les humanités numériques et l’histoire de la justice, une unité mixte de service créée par le CNRS et le ministère de la justice, en partenariat avec les archives nationales.

Les monstres sont parmi nous

Revue BnF Parmi les monstresLes monstres sont parmi nous, les monstres attaquent, c’est monstrueux !

L’évocation de la figure du monstre est spontanément associée à une réaction de répulsion et de mise à distance de soi ou du collectif dans lequel l’individu se reconnaît. Le monstre, c’est d’abord l’autre ; les monstres, qu’ils soient amis ou ennemis, désignent un écart, une différence. Plutôt que d’offrir un panorama des divers types de monstres fantastiques, une galerie des êtres merveilleux ou curieux, le présent dossier entend porter une attention particulière à la fabrique et aux observateurs du monstre, et considérer le monstrueux comme un fait social.

Dossier dirigé par Thierry Laugée et Marc Renneville

Revue de la Bibliothèque nationale de France. n° 54, mars 2018

SOMMAIRE

Parmi les monstres (T. Laugée et M. Renneville), p. 11

« Morts vivants ». Le corps des monstres moraux dans les discours de Cicéron, BLANDINE CUNY-LE CALLET, p. 15

La bête du Gévaudan et ses archives, CHARLES-ÉLOI VIAL, p. 22.

Lacenaire, mise en scène d’un monstre, ANNE-EMMANUELLE DEMARTINI, p. 30

La mandragore, iconographie d’un mythe botanique, LUC MENAPACE, p. 41.

Tératologie. Quand le monstre devient objet de science, JEAN-LOUIS FISCHER, p. 51

La fabrique des monstres urbains au xixe siècle, ou la statuaire sous « l’empire de la science », OLIVIER VAYRON, p. 58

Les rouleaux illustrés de la Procession nocturne des cent démons, MATTHIAS HAYEK, p. 70

De Barnum à Freaks. Le monstre en spectacle. Entretien avec JEAN-JACQUES COURTINE. Propos recueillis par Marc Renneville, p. 81

Life Without Soul. Le monstre cinématographique de Frankenstein, MICHEL PORRET, p. 92

Umberto Eco, Merveilles et monstres exotiques. Extrait de la conférence du 27 mai 2004 consacrée à « l’ordre universel et les monstres », p.  103.

Le monstre marqueur de l’humanité originelle, de Piero di Cosimo à Ulisse Aldrovandi, ELINOR MYARA KELIF, p. 111

Le monstre allemand dans l’image entre 1914 et 1918, NICHOLAS-HENRI ZMELTY, p. 123.

 

Corpus en ligne : les complaintes criminelles en France (1870-1940)

Complaintes criminellesJean-François « Maxou » Heintzen mène depuis plusieurs années des recherches sur le déclin des complaintes criminelles en France. La complainte est un chant populaire dont les paroles s’appliquent à la description d’un événement tragique, tandis que l’air renvoie à un timbre largement diffusé. Ces feuilles volantes (appelées aussi « canards ») étaient vendues par les colporteurs, les chanteurs ambulants, dans les foires ou sur les marchés. Si la tradition remonte à l’Ancien régime, on a longtemps cru que le genre ne passa pas la charnière du XIXe au XXe siècle, disparaissant sous la vague montante des quotidiens populaires et de leur supplément illustré, puis des magazines illustrés de fait divers (L’œil de la police, Détective, Police magazine). Or, les travaux de J-F. Heintzen démontrent que le genre des complaintes reste actif sinon prospère jusqu’à la veille de la Seconde guerre mondiale. Le corpus qu’il offre aujourd’hui à la consultation en est la démonstration.

Complainte du grand maigre, Le crime de la rue Dulan, La femme coupée en 5 morceaux, Le curé assassin… Des vieillards assassinés, infanticide, fratricide, une jeune fille enterrée vivante avec son enfant, des satyres et des ogresses. Voilà autant de titres et de figures qui servent de thèmes aux complaintes criminelles rassemblées dans la base Complaintes criminelles (1870-1940) que nous venons de mettre à disposition dans le Musée Criminocorpus. La base propose une consultation adaptée sur toute taille d’écran. Son interface est inspirée de notre base collaborative sur le patrimoine judiciaire : HUGO. Patrimoine des lieux de justice (ouverte en mars 2017).

Cette nouvelle base de données rassemble un corpus de 823 complaintes relatives à 426 faits divers commis en France entre 1870 et 1940. Les complaintes sont géolocalisées au lieu du fait divers et une fonction permet d’afficher les faits divers à proximité de l’utilisateur, sous réserve qu’il n’ait pas désactivé la fonction de localisation.

Les timbres et les textes libres de droit seront peu à peu ajoutés ou signalés et mis en lien. L’auteur proposera également à terme quelques interprétations sonores. La base étant collaborative, il est possible d’envoyer des informations à son auteur.

Pour en savoir plus sur le sujet, on ne saurait trop recommander la lecture de l’article de Jean-François « Maxou » Heintzen : « Le canard était toujours vivant ! De Troppmann à Weidmann. La fin des complaintes criminelles (1870-1939) » publié dans la revue Criminocorpus (dossier « Musique et justice » 2013)