Vacher l’éventreur face à ses juges. Le prix du sadisme

Marc Renneville Joseph Vacher éventreur Archives d'un tueur en sérieJ’apprends ces jours-ci que mon Vacher fait de la résistance et se maintient dans la deuxième sélection du Prix Sade 2020. Que fait ce livre d’histoire et d’archives dans un prix littéraire ? Je n’en sais trop rien mais je m’en réjouis car il va circuler dans les mains de lectrices et de lecteurs très avertis.

Vacher-Sade ? Attention, liaison dangereuse. Marie Bonaparte relevait, dans son étude sur Edgar Poe (Paris, Denoël, 1933), le pouvoir de fascination suscité par l’agir sadique du tueur de bergers : « Lorsque paraît sur la scène un de ces rares grands pervers, tel Vacher, ou Kürten, qui tuent pour le simple plaisir, l’âme entière de la foule est soulevée. Non pas par l’horreur seule, mais par un étrange intérêt, qui est la réponse de notre profond sadisme au leur. On dirait que nous tous, malheureux civilisés, aux instincts entravés, sommes en quelque sorte reconnaissants à ces grands criminels désintéressés de nous offrir de temps en temps le spectacle de nos plus primitifs et coupables désirs enfin réalisés ».

De cette filiation sadienne, Vacher est « innocent » – pour utiliser un terme qui lui était cher – car il n’en a jamais parlé et aucun de ses écrits ne fait référence au divin marquis. Si la liaison entre les deux hommes est aujourd’hui évidente, on ignore qu’elle est le produit d’une histoire tragique nouée dans le désir de punir. Le rapprochement de Vacher et Sade date en effet du temps même de l’affaire et l’enjeu n’est pas alors littéraire mais judiciaire. Et la mise, c’est la tête d’un homme. Vacher est-il fou ? Doit-il retourner à l’asile pour y être soigné ou est-il assez conscient et responsable de ses actes pour être déclaré apte à la guillotine ? Le rapport médico-légal d’expertise signé par le médecin Alexandre Lacassagne et deux confrères déclare après une longue mise en observation que l’inculpé Vacher n’est ni fou ni malade. C’est un type d’assassin pervers et sadique, qui prend plaisir à voir souffrir ses victimes. Vacher n’avait pas besoin d’avoir lu Sade pour pratiquer le sadisme. Sur la foi de cette expertise, l’accusé Vacher est déclaré responsable de ses actes. Condamné à mort, il est guillotiné le 31 décembre 1898 à Bourg-en-Bresse. Moins de deux mois après cette exécution, Alexandre Lacassagne justifie la position des experts en publiant un livre intitulé Vacher l’éventreur et les crimes sadiques, reproduit dans le recueil publié chez Millon. On y trouve notamment une note sur le sadisme « au point de vue de la médecine légale » et l’une des premières études sur l’œuvre et la vie de Sade, signée de Marciat, pseudonyme de César Tournier, élève de Lacassagne.

L’affaire Vacher est ainsi un cas unique dans les annales judiciaires par la place prise par Sade et sadisme dans la qualification de l’accusé. Elle y a atteint par le jeu de l’expertise un paroxysme tragique, décidant au final de la capacité du coupable à répondre de ses crimes. Acceptée par le jury, récusée par le défenseur de l’accusé, l’assimilation du sanguinaire Vacher au marquis de Sade a permis sa condamnation à mort. Cette lecture clinique fut pourtant très discutée, contestée et la position du docteur Lacassagne suscita une controverse que son Vacher l’éventreur et les crimes sadiques ne parvint pas à éteindre. Alors, qu’en penser de nos jours ? Les pièces du dossier sont dans Vacher l’éventreur. Archives d’un tueur en série. Les jurés du prix apprécieront. Le jugement est mis en délibéré. La décision sera rendue publique en septembre 2020.

Marc Renneville

Les autres livres sélectionnés sont :
Journal intime (1926 – 1940) de Julien Green (Laffont Bouquins)
Et je vous offre le néant de Gérard Macé (Gallimard)
Les Tasses de Marc Martin (Agua)
Giacometti/Sade. Cruels objets du désir (Éditions Fage/Fondation Giacometti)
Céroplastie, corps immortalisés, de Nathalie Latour (Le Murmure)
Le Chien noir de Lucie Baratte (Éditions du Typhon)

La solênopédie ou l’éducation par les tuyaux

Marc Renneville Solênopédie phrénologie

Publié en 1838 vingt ans après le Frankenstein de Mary Shelley, ce texte rare et méconnu constitue l’un des tout premiers récits de science-fiction française. La maison d’édition Jérôme Millon en propose la réédition avec une illustration originale de Xavier Coste et une postface éclairant le contexte de publication d’un texte qui réserve bien des surprises.

La solênopédie ou révélation d’un nouveau système d’éducation phrénologique pour l’homme et les animaux

Retranché dans un château en ruines, un savant a trouvé le moyen de contrôler le comportement des êtres vivants grâce à une découverte combinant les principes de la chimie, de la pile voltaïque et de la phrénologie. En trépanant les crânes pour stimuler les localisations fonctionnelles du cerveau, le docteur T. considère qu’il œuvre à l’amélioration de l’humanité. Ayant pleinement réussi sur les animaux, il tente d’appliquer sa technique d’éducation-sur six enfants cobayes. L’inventeur n’a révélé le secret de sa découverte qu’à un étranger, en échange de son silence.

Postface « L’éducation future » :

La postface expose les conditions de publication et de réception de la Solênopédie. Elle éclaire le contexte scientifique et littéraire de l’édition originale et établit définitivement l’identité de l’auteur . Oscillant entre canular littéraire et conte moral, la solênopédie est un texte original posant des questions relevant aujourd’hui de la bioéthique.

Présentation du livre sur le site de l’éditeur.

Le chant des crimes. Les complaintes de l’affaire Vacher

Le chant des crimes Marc Renneville éditions GaelisLivre à paraître en 2021 aux éditions Gaelis.

Synopsis :

Ce livre musical raconte une affaire criminelle par la succession des complaintes qui s’y rapporte. L’affaire choisie est celle de Joseph Vacher, tueur de bergers qui sévit dans le Sud-Est de la France entre 1894 et 1897. Vacher est l’un des premiers tueurs en série français. Égorgeur, violeur, éventreur, son mode opératoire et sa prédilection pour les jeunes victimes en font le prototype du meurtrier sexuel. Joseph Vacher incarne la figure du monstre criminel contemporain.

Embarquer le lecteur dans une plongée immersive, un retour au temps de l’affaire pour approcher au plus près l’expérience sensible de la réception populaire de l’affaire. Tel est le pari. Le lecteur peut adopter au choix la position du public, en écoutant les interprétations proposées par lien interactif, ou celle de l’interprète, chanteur ou musicien, grâce aux partitions.
À lire, à écouter et à chanter.

Les éditions Gaélis ? La petite maison qui a tout d’une grande. Lancée en 2020, Gaelis Éditions porte une politique éditoriale en trois axes : musique (Christian Séguret), roman policiers historiques (Annabel Peyrard) et quotidien. Pour en savoir plus, voir son site web.