Joseph Vacher l’éventreur. Archives d’un tueur en série

Joseph Vacher éventreur Archives d'un tueur en série Marc Renneville
Prix « Essai » du jury du prix Sade 2020

Ce livre marque l’aboutissement de nouvelles recherches sur l’affaire Joseph Vacher, qui a défrayé la chronique judiciaire à la fin du XIXe siècle. La mémoire de cette affaire nous a été transmise par le film Le Juge et l’Assassin (1976) réalisé par Bertrand Tavernier. Derrière les noms de l’assassin Bouvier (interprété par Michel Galabru) et du juge Rousseau (interprété par Philippe Noiret), il y a Joseph Vacher (1869-1898) que l’on désigna en son temps comme un « tueur de bergers » ou encore le « Jack l’éventreur du Sud-Est ». Et derrière le juge Rousseau, il y a le juge Émile Fourquet (1862-1936) qui a mené l’instruction de l’enquête ayant permis de juger Vacher en 1898.

L’ouvrage est composé de deux parties. La première présente l’affaire pour en comprendre les enjeux et proposer une lecture montrant combien la neutralisation d’un tueur en série constitue un défi pour la justice. La seconde est un dossier documentaire. Ce dossier comprend la réédition du livre que l’expert criminologue Alexandre Lacassagne a consacré au cas : Vacher l’éventreur et les crimes sadiques. Ce livre publié en 1899 est ici réédité en intégralité et corrigé sur plusieurs erreurs factuelles. Le dossier permet au lecteur de suivre l’affaire en ayant accès à de nombreuses pièces originales restées une part inédites. Il contient notamment tous les écrits connus de Joseph Vacher, ses interrogatoires, les complaintes chantées au temps de l’affaire et un entretien avec Bertrand Tavernier. Il compte également un cahier iconographique de 96 pages.

Table des matières

Remerciements

PRÉSENTATION
Nécrologe

Première partie: L’ASSASSIN, SES JUGES ET SES MÉDECINS

1. L’enfant des Terres froides
2. Louise. Ô Louise !
3. L’odyssée sanglante
4. Une enquête légendaire
5. La lettre d’aveux
6. De la parole au silence
7. L’épreuve de la folie
8. L’éventreur en pièces
9. Le présent du passé

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Deuxième partie : DOSSIER DOCUMENTAIRE

1. L’enquête par l’archive
Le chemin rouge
À Belley
Dans les prisons de Lyon
La tête du tueur

2. Affaire Joseph Vacher, sa défense par lui-même (1898)

3. Lacassagne, Vacher l’éventreur et les crimes sadiques (1899)
Préface
I. Acte d’accusation
Le crime de Bénonces (Ain)
Les antécédents de Vacher
Les aveux de Vacher

II. Rapports des experts
Étude médico-légale des crimes avoués par Vacher
Affaire de Beaurepaire
Affaire de Vidauban
Affaire d’Étaules ou du Bois-du-Chêne
Affaire de Saint-Ours
Affaire de Bénonces
Affaire de Truinas
Affaire de Saint-Étienne-de-Boulogne
Affaire de Cusset
Affaire de Varennes-Saint-Honorat
Affaire de Tassin-la-Demi-Lune
Affaire de Courzieu
État physique. Attitude dans la prison
Pièces annexées au rapport des experts
Examen de l’oreille par le docteur Lannois
Radiographie par le docteur Destot
Fiche anthropométrique
Autographes de Vacher

III. Vacher devant la cour d’assises de l’Ain, par Étienne Martin

IV. Les rapports médico-légaux sur les crimes avoués
Affaire de Beaurepaire
Affaire de Vidauban
Affaire d’Étaules ou du Bois-du-Chêne
Affaire de Saint-Ours
Affaire de Bénonces
Affaire de Truinas. Tentative de viol (Noyen)
Affaire de Saint-Étienne-de-Boulogne
Affaire de Cusset
Affaire de Varennes-Saint-Honorat
Affaire de Tassin-la-Demi-Lune
Affaire de Courzieu

V. Quels sont parmi les crimes commis depuis dix ans et restés impunis, ceux qui peuvent être avec quelque vraisemblance, attribués à Joseph Vacher ?, par Émile Fourquet

VI. Pièces extraites du dossier
Le vagabondage en France, par Alexandre Bérard
Les transformations de l’impunité, par Gabriel Tarde
Le marquis de Sade et le sadisme, par le docteur Marciat (Tournier)
Le sadisme au point de vue de la médecine légale
Les crimes sadiques
Gilles de Retz, Léger, André Bichel. Deux observations de Demme
Menesclou, Versini et Garayo
Les victimes de Jack the ripper
Ben-Ali, dit Frenchy
Une victime de Jesse Pomeroy, le bourreau des enfants
Piper, le casseur de tête (the brainer)
Affaire du Pont-Laval
L’état d’âme de Vacher
L’exécution. L’autopsie, par le docteur Jean Boyer
Quelques notes sur les autres victimes ou les individus poursuivis à propos des crimes de Vacher
Les vagabonds criminels. Ce qu’il y aurait à faire pour la recherche des coupables
Note complémentaire sur la marquise de Sade, par Marciat (Tournier)

4. Complaintes criminelles (1895-1899)
Le crime du Bois-du-Chêne ou l’abeille qui parle
La complainte de Bannier
La complainte sur le Crime de Varennes-Saint-Honorat
Complainte du Père Bonnassieux
Le tueur de bergers. L’assassin en prison – Les aveux. Nombreux assassinats
Le tueur de bergers (Nasturby)
Grande complainte sur Vacher. Le tueur de bergers
Complainte et historique des crimes de Vacher, le tueur de bergers, dit le « Jack l’Eventreur du Sud-Est »
Complainte sur l’assassin Vacher
Complainte de Vacher (Raoul Ponchon)
Complainte à ce sujet
Un nouveau Troppmann ou le tueur de bergers
Grande complainte sur le tueur de bergers (Marius Rety)
Le tueur de bergers (Nasturby)
Le tueur de bergers (Nasturby)
Vacher l’éventreur
Complainte sur l’exécution du tueur de bergers
Le tueur de bergers. Grande complainte

5. De Vacher à Bouvier
de Bertrand Tavernier (interview)

6. La complainte de Bouvier l’éventreur
de Jean-Roger Caussimon

Index
Sources
Bibliographie

Vacher l’éventreur. Archives d’un tueur en série, Grenoble, éditions J. Millon, 2079, 774 p + 96 pages d’illustrations couleur.

Page de présentation sur le site des éditions Jérôme Millon

Comptes rendus :
K-Libre (M. Amelin) « La bible du serial killer à la française »
Historia (D. Lefebvre) « Un tueur aux amours vaches »
Libération (D. Kalifa) « Dans la gueule du loup »
En attendant Nadeau (P. Artières) « Crimes complets ou morceaux choisis »
Babelio (Chrysanthème)
Criminocorpus (N. Derasse)

Distinction :
Prix de l’essai du jury du prix Sade 2020.

 

 

Séminaire Histoire de la justice et patrimoine judiciaire. EHESS (2019-2020)

histoire de la justice patrimoine judiciaire Marc Renneville Le séminaire interroge l’histoire de la justice et ses formes de patrimonialisation. L’histoire de la justice est abordée par la fabrique de la conviction judiciaire pour saisir le processus aboutissant à une décision de justice, que celle-ci soit consensuelle ou contestée par les lectures médiatiques ou littéraires. La réflexion est menée à partir d’affaires judiciaires des XIXe-XXe siècles en France. Le deuxième axe questionne la notion de patrimoine judiciaire, son extension (matériel, immatériel) et ses recoupements avec d’autres domaines (patrimoine scientifique, patrimoine numérique). On s’intéresse ici aux savoirs, aux pratiques et aux mémoires des lieux de justice, aux modalités de leur valorisation (accès public, muséographie, documentaire, dispositifs numériques) et aux usages sociaux de ce patrimoine sombre.

Responsable : Marc Renneville (centre A. Koyré UMR 8560, Clamor UMS 3726)

Horaires : 2e et 4e lundis du mois de 15 h à 17 h, du 14 octobre 2019 au 8 juin 2020

Lieu : EHESS, salle 6, 105 bd Raspail 75006 Paris

Dates des séances 2019-2020 : Lundi 14 octobre 2019, 25 novembre, 9 décembre, 13 janvier 2020 27 janvier 2020, 10 février, 9 mars, 23 mars, 27 avril, 11 mai, 25 mai et 8 juin.

Programme indicatif

1/ Lundi 14 octobre 2019
Thématiques du séminaire, présentation de l’enseignant et des présents, modalités de validation.

2/ Lundi 25 novembre 2019
Archives nationales. Visite des réserves et de l’exposition « La science à la poursuite du crime » par Pierre Piazza (Université de Cergy, Clamor).

3/ Lundi 9 décembre 2019
L’affaire Joseph Vacher. Mémoires et histoire

4/ Lundi 13 janvier 2020
« La comparaison historique du bagne et ses enjeux : la colonisation pénale en Australie et en Nouvelle-Calédonie » par Briony Neilson (Université de Sidney, Clamor) et Isabelle Merle (directrice de recherche au CNRS, présence sous réserve)

5/ Lundi 27 janvier 2020
L’affaire Delafet. Enquête orale et archives judiciaires.

6/ Lundi 10 février 2020
« L’affaire Pranzini » par Frédéric Chauvaud (professeur d’Histoire contemporaine, Université de Poitiers)

7/ Lundi 9 mars 2020
« L’affaire du corbeau de Tulle, une tache judiciaire ? » par Amos Frappa (doctorant EHESS)

8/ Lundi 23 mars 2020

9/ Lundi 27 avril 2020

10/ Lundi 11 mai 2020
« Une visite de la prison de Clairvaux. Histoire, patrimoine et valorisation numérique » par Jean-Lucien Sanchez (chargé de recherches au ministère de la Justice, Clamor) et Hervé Colombani (réalisateur, Clamor)

11/ Lundi 25 mai 2020

12/ Lundi 8 juin

Renseignements complémentaires sur le site de l’EHESS

Crime et folie. Deux siècles d’enquête médicales et judiciaires

Marc Renneville Crime et folie criminologie

Folie meurtrière, démence, obsessions, possessions, carnages, actes inhumains, monstres, prédateurs, psychopathe, pervers, perversité, récidive, peine de mort, traitement…
Autant de termes qui cernent la question de ce livre : Le crime est-il une folie ? Autrement dit, celui qui commet un meurtre perd-il le contrôle de lui-même ? Faut-il le mettre à l’asile ou en prison ? Et si le criminel est un malade, peut-on le guérir ? Comment détecter les criminels potentiels pour les empêcher de nuire ?
Ces questions se posent chaque fois que resurgit un tueur en série ou dans le débat actuel sur la pédophilie. Elles ne sont pas nouvelles : de la théorie de la « bosse du crime » à celle du chromosome du crime, en passant par Lombroso, selon lequel le criminel est un sauvage égaré dans notre civilisation, médecins et psychiatres ont proposé depuis deux siècles de nombreuses réponses, faisant du criminel un « objet de science ». Ce sont les grandes théories des criminologues qu’explique ce livre, en rappelant les débats qu’elles ont suscité, aussi bien du côté des législateurs et des magistrats que dans l’opinion publique.

Recension du professeur Jean-Louis Senon (parue dans Forensic, n°14, avril-mai-juin 2003, p. 47).

Marc Renneville, maître de conférences à l’université de Paris 8 et responsable du centre interdisciplinaire de recherche de l’école nationale d’administration pénitentiaire vient de sortir un superbe ouvrage chez Fayard : Crime et Folie. Deux siècles d’enquêtes médicales et judiciaires. Remarquable historien de l’histoire de la médecine comme de celle de la justice, Marc Renneville propose un ouvrage de plus de 500 pages qui va passionner tout autant les psychiatres et criminologues que spécialistes de l’histoire de la justice. Cet ouvrage démontre bien que les rapports entre psychiatrie et justice s’inscrivent dans l’histoire et ne font que se rejouer dans les débats actuels. Marc Renneville propose une première partie sur « les premiers symptômes, ceux qui vont dans le sens du pari de la guérison au criminel ». « Gouverner la déviance » comme connaître les criminels et aider les prisonniers sont reliés à l’essor de la phrénologie. Une deuxième partie est consacrée à la folie criminelle et la folie du crime. Le débat de la monomanie homicide est très central dans cette page de l’enjeu fondamental de l’histoire des rapports entre psychiatrie et justice. Une troisième partie est consacrée au « grand examen ». Marc Renneville partant de l’œuvre de Lombroso, explique bien que si la théorie du criminel a été critiquée par des médecins comme par des juristes, c’est parce qu’elle superpose le crime et la folie jusqu’à les confondre… Quelle actualité !… La quatrième partie de l’ouvrage s’ouvre sur une question posée en 1877 dans le bulletin de la Société générale des prisons : « Le criminel doit-il être traité comme un être inconscient ? » La crise de la répression de la première moitié du XXe siècle est bien posée dans un long chapitre sur une nouvelle politique criminelle. Ce chapitre s’ouvre sur les propos d’Abely de 1934 : « La notion de nocivité sociale se substitue à celle de responsabilité et de culpabilité ; la sentence thérapeutique remplace la peine ». Après une illustration sur la folie meurtrière à l’écran, Marc Renneville pose le problème du déclin de la folie criminelle et de l’essor de la folie du crime. Son épilogue est riche d’enseignement quand il rappelle que « les figures du fou et du criminel sont intimement liées à notre conception du lien social, aussi sont-elles toujours mobilisées lorsque le sens de la peine est discuté par les politiciens ». Une lecture indispensable, un livre-plaisir.

Voir le livre sur le site de l’éditeur

Comptes-rendus en ligne

Recension de Guy Grenier pour l’Association canadienne de justice pénale (Revue canadienne de criminologie) http://www.ccja-acjp.ca/fr/rccr/rccr64.html

Recension de Hugo Billard pour le site des Clionautes (juin 2003) http://www.clionautes.org/spip.php ?article270

H-France Review Vol. 3 (November 2003), No. 130 Review by Alex Dracobly, University of Oregon. http://www.h-france.net/vol3reviews/dracobly.html

Nicole Edelman, Revue d’histoire du XIXe siècle, 2006-33, Relations sociales et espace public http://rh19.revues.org/document1176.html

Samuel Lézé, L’Homme, 177-178 – Chanter, musiquer, écouter, 2006 http://lhomme.revues.org/document2322.html

Crime ou folie ? Le cas de Vacher l’éventreur (1894-1898)

Marc Renneville conférence Joseph Vacher l'éventreur responsabilité pénaleConférence gratuite
Lieu
Bibliothèque des littératures policières (BiLiPo)
48 rue Cardinal Lemoine 75005 Paris
Dates
Le samedi 2 février 2019 de 16h à 17h

Accès
Libre sur réservation

Éventreur de jeunes bergers, saccageant le corps de ses victimes, Vacher qui prétendait être le bras armé d’une volonté divine est le premier tueur en série français dont l’affaire fut fortement médiatisée. On s’interrogea à l’époque sur son état mental : ces crimes sadiques étaient-ils l’œuvre d’un fou délirant ? La question des mobiles du passage à l’acte de Vacher et celle de sa responsabilité pénale sont restées ouvertes jusqu’à nos jours. Retracer cette affaire est un moyen d’interroger l’évolution des rapports entre la folie et le crime. Comment l’odyssée criminelle de Vacher a-t-elle été traitée en son temps ? Aujourd’hui, comment serait jugé Vacher ? Et comment comprendre ces actes criminels qui défient la raison commune ?

En savoir plus

Gabriel Tarde. The « Swallow » of French Criminology

‘The Anthem Companion to Gabriel Tarde’ offers the best contemporary work on Gabriel Tarde, written by the best scholars currently working in this field. Original, authoritative and wide-ranging, the critical assessments of this volume will make it ideal for Tarde students and scholars alike.

‘Anthem Companions to Sociology’ offer authoritative and comprehensive assessments of major figures in the development of sociology from the last two centuries. Covering the major advancements in sociological thought, these companions offer critical evaluations of key figures in the American and European sociological tradition, and will provide students and scholars with both an in-depth assessment of the makers of sociology and chart their relevance to modern society.

Marc Renneville, « Gabriel Tarde: The ‘Swallow’ of French Criminology » in Robert Leroux (dir), The Anthem Companion to Gabriel Tarde, Anthem Press, mars 2018, pp. 103-108

Gabriel Tarde is better known nowadays for his sociological theories and for his opposition to Emile Durkheim (1858-1917), but Tarde was above all one of the first to criticize the born-criminal theory of Cesare Lombroso (1835-1909) and was the author of an original theory on the perpetration of crime and penal responsibility. Tarde published widely in the field of criminology : he wrote commentaries on criminal statistics, he was in at the birth of crowd psychology, he put forward criteria for ensuring correct sentencing and he developed an original theory of crime and punishment. Tarde was one of Lacasssagne’s main collaborators on the Criminal Anthropology Records and he participated in numerous conventions on anthropology, sociology and penitentiary science. Although celebrated in his lifetime, Tarde’s reputation did not endure. One reason for this can be found in his writings : his books were in effect compilations of articles from which it was hard to distinguish a clear doctrine. Tarde was recognised as an erudite practicioner, but he was isolated and did not gain a wide following.

Read the complete article (pre-published version) on HAL-SHS

La pathologie du suicide. Pour une nouvelle histoire des enjeux médicaux et socio-politiques aux XIXe-XXe siècles

La pathologie du suicide. Histoire du suicideCette journée d’études a été organisée le 13 juin 2016 à l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique (IUHMSP) à Lausanne avec le soutien du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) et la Fondation pour l’Université de Lausanne.

Nous avons donc choisi pour cette journée d’étude de restreindre notre approche à la période contemporaine, prise sous l’angle de l’histoire des savoirs visant à produire une connaissance du phénomène suicidaire. Nous avons délibérément écarté la question du suicide dans la littérature au XVIIIe et au XIXe siècles, bien qu’il s’agisse d’un thème majeur qui a suscité de nombreuses études critiques (Alvarez 1973 ; Gates 1987 ; Bell 2011 ; Faubert 2015). Il ne s’agit pas pour autant d’ignorer les influences réciproques entre médecine et littérature, et tout particulièrement dans le champ de la folie et du suicide. Ces circulations, tant au niveau conceptuel et terminologique qu’au niveau descriptif, ont fait l’objet d’analyse en études littéraires et en humanités médicales, et qui permettent de mieux comprendre la médicalisation du suicide (Rigoli 2001 ; Roldan 2013). En précisant notre cadre d’études, nous avons également écarté certaines questions qui sont à la périphérie de l’acte du suicide, notamment le comportement autodestructeur qui a récemment fait l’objet d’études approfondies (Millard 2015 ; Chaney 2017). Les articles réunis dans ces actes partent de plusieurs axes d’études en histoire, qui ont déjà été bien élaborés, comme la question de la sécularisation et la médicalisation du suicide (MacDonald 1988, 1989 ; Kushner 1991), le rapport entre violence et suicide (Chesnais 1981) et la perspective du « genre » de la mort volontaire (Higonnet 1986 ; Kushner 1993 ; Fauvel 2016).

La majorité des études rassemblées dans les actes portent sur la France métropolitaine. Elles abordent la question du suicide en articulant la perspective médicale avec d’autres disciplines et discours qui ont été déterminants pour la compréhension de ce phénomène. Juan Rigoli examine les influences terminologiques et conceptuelles réciproques entre la littérature et la psychiatrie au début du XIXe siècle. Plus précisément, il met en évidence comment certaines notions comme l’ennui, le vague des passions et le tædium vitae se transforment en concepts psychiatriques dans les traités des aliénistes. Eva Yampolsky examine l’apport des premières études médico-légales sur la médicalisation du suicide. Elle étudie tout particulièrement la position ambiguë du médecin-légiste François-Emmanuel Fodéré, figure charnière entre la criminalisation et la médicalisation du suicide. Dans son article sur la médicalisation du suicide au XIXe siècle, Marc Renneville analyse la transformation des théories psychiatriques et l’influence que d’autres discours ont eu sur le statut du suicide, entre acte de folie, crime et péché. Il examine les débats psychiatriques sur le statut pathologique du suicide au milieu du siècle et le schisme qui se développe entre l’interprétation médicale et la position sociologique sur cet acte à la fin du siècle. Laurence Guignard étudie le rôle précis de la médecine et de la psychiatrie dans la prévention du suicide en prison. Devant l’important taux de suicide dans le milieu carcéral et la responsabilité portée par cette institution sur les prisonniers, elle analyse le niveau de contrainte et l’efficacité des mesures restrictives employées par le personnel médical et carcéral pour prévenir le suicide. Maria Teresa Brancaccio et David Lederer étudient comment des mouvements politiques influencent l’interprétation des statistiques du suicide, notamment celles qui ont été étudiées par le psychiatre Enrico Morselli en Italie et l’économiste Adolf Wagner en Allemagne. En concentrant leurs analyses sur le contexte de l’unification nationale en Allemagne et en Italie au XIXe siècle, ils montrent comment le taux du suicide est utilisé comme mesure de civilisation et de progrès d’un pays.

Étant donné l’important investissement international aujourd’hui dans la prévention du suicide, dont le taux semble résister à ces efforts, mais aussi l’apport que l’histoire peut contribuer à la compréhension de ce phénomène, il nous a semblé important d’ouvrir ce dossier à des perspectives contemporaines. Deux de ces articles portent sur le contexte contemporain de la prévention du suicide et de la suicidologie. L’anthropologue Michela Canevascini examine les outils dont dispose le corps médical dans un service d’urgence psychiatrique en Suisse pour faire face aux comportements suicidaires. Elle questionne la pertinence du dispositif médical dans le contexte de souffrance psychique légère et les contraintes institutionnelles et assécurologiques qui contribuent à la médicalisation des problématiques suicidaires. Howard Kushner, quant à lui, examine les obstacles rencontrés par la suicidologie comme discipline dans la compréhension et la prévention du suicide. Il montre que les difficultés de prévenir le suicide résultent non pas de la complexité de ce phénomène mais des postulats et des arguments moraux sur lesquels cette discipline se fonde.

Accéder aux Actes sur Criminocorpus. Revue hypermédia

Marc Renneville et Eva Yampolsky