« C’est à la prison à reconnaître les siens ». De l’anthropométrie judiciaire à la biométrie contemporaine

Reconnaître un détenu apparaît comme une exigence constante dans la longue durée de l’histoire pénitentiaire. De l’Ancien régime à nos jours, toute personne incarcérée par voie légale fait l’objet d’une procédure particulière d’enregistrement qui atteste de son entrée et de sa sortie de l’établissement de détention. Le registre d’écrou est ainsi le livre officiel sur lequel est inscrite l’identité des détenus. La reconnaissance des prisonniers fut longtemps assurée par le gardien « morgueur » qui avait la charge de dévisager minutieusement tout nouvel entrant. Jusqu’au XIXe siècle, l’identification du justiciable consistait généralement en une simple déclaration, vérifiée pendant la procédure par le recueil de témoignages. Toutefois, afin de distinguer les récidivistes et certaines catégories de condamnés, la justice a longtemps usé d’un pouvoir de marquage des corps coupables.

Sous l’ancien droit, la peine de flétrissure consiste à marquer au fer rouge l’épaule du condamné d’une fleur de lys. Utilisé dans certains cas de bannissement, ce marquage laisse la place, en 1724, à une triple marque lettrée explicitant la cause de la condamnation : « V » pour voleur, « M » pour les mendiants récidivistes et « GAL » pour galérien. La marque au fer chaud est alors presque toujours jointe à celle des galères afin qu’une peine plus sévère soit prononcée si la récidive est constatée. Peine perpétuelle, la flétrissure par la marque est abolie sous la Révolution française…

Lire la suite de cet article sur Criminocorpus, la revue

Aux origines de la police scientifique

conférence-APP-10-février-2

Pierre PIAZZA, Laurent LOPEZ et Marc RENNEVILLE présentent l’ouvrage Aux origines de la police scientifique vendredi 10 février 2012 à 17h30 à l’Hôtel de police du Ve arrondissement de Paris. 4 rue de la Montagne Sainte Geneviève 75 005

4e étage – en face de la scène de reconstitution de l’atelier d’Alphonse Bertillon.

Photographies face/profil, signalements descriptifs, fichiers, expertises, exploitation de marques, de traces et d’indices matériels les plus infimes… A partir de la fin du XIXe siècle, les forces de l’ordre commencent de plus en plus systématiquement à recourir à de nouvelles techniques et à la science afin de rendre plus efficaces leurs méthodes et leurs investigations. Alphonse Bertillon – qui deviendra le premier directeur du service de l’Identité judiciaire de la Préfecture de police de Paris – joue un rôle clef dans ce processus. Dix chapitres thématiques exposent et analysent ici le caractère capital de ses apports tant dans le développement de pratiques rationnelles d’identification des personnes qu’en matière de criminalistique. L’ouvrage éclaire aussi les multiples enjeux auxquels renvoie alors ce basculement décisif de la police vers la voie des applications scientifiques, notamment à travers la mise en valeur d’une riche iconographie composée de plus de 150 documents d’époque originaux.

Voir aussi sur Criminocorpus le dossier Bertillon, bertilonnage et police d’identification, dirigé par Pierre Piazza

Le Paris de Bertillon

Bertillon-BILIPOOù ? Bibliothèque des littératures policières 48-50 rue du Cardinal Lemoine 75005 Paris

Quand ? Samedi 4 février 2012 16h

Conférence de Marc Renneville dans le cadre de l’exposition Le théâtre du crime et du festival Paris face cachée.

Issu d’une famille de savants, Alphonse Bertillon est considéré par les « experts » contemporains comme le père de la police scientifique française. Œuvrant à la charnière des XIXe et XXe siècle, aîné contemporain de Reiss, Bertillon développa à Paris l’anthropométrie, la photographie judiciaire, le portrait parlé et l’usage des empreinte digitales à des fins d’identification. Ces travaux seront replacés dans le contexte d’une époque qui faisait la part belle à l’anthropologie criminelle et aux théories de la criminologie.

Voir aussi en ligne, sur Criminocorpus, le parcours hypermédia sur Alphonse Bertillon et l’identification des personnes

Sciences de l’homme, sciences de la punition. Réformes pénales et mesures de sûreté en Europe (1918-1939)

Sciences de l'homme, sciences de la punition ANR Sciencepeine

Université de Rouen

UFR Lettres et Sciences Humaines. Bâtiment Robespierre. Salle F101

vendredi 06 mai 2011

9h30-17h30

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles


L’équipe ANR Sciencepeine organise une journée d’études sur la question des rapports entre les sciences de l’homme et les réformes pénales de l’entre-deux-guerres en Europe. Avec le soutien du GRHIS (Université de Rouen), du centre A. Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CNRS-EHESS-MNHN) et de la plate-forme Criminocorpus.

Programme de la journée

Présidence de Martine KALUSZYNSKI (Directrice de recherches  au CNRS Pacte-CNRS-IEP Grenoble)

Matinée

  • Réformes pénales et psychiatrie en Espagne (1920-1936). Ricardo Campos, Instituto de Historia Centro de Ciencias Humanas y Sociales (CSIC),
  • Entre guerre et prophylaxie : la biologisation du  droit pénal allemand de 1933 à 1945. Johann Chapoutot (maître de conférences, Université de Grenoble II, laboratoire LARHA),
  • Du projet Ferri au Code pénal Rocco : existe-t-il un droit pénal fasciste ? Jean-Yves Frétigné (maître de conférences, Université de Rouen, laboratoire GRHIS),

Après-midi

  • Au tribunal de la science. L’observation médico-pédagogique des jeunes « irréguliers » en Belgique, 1906-1965. David Niget (Chargé de recherche postdoctoral, Centre d’histoire du droit et de la justice, Université de Louvain – UCL ),
  • Criminologie, mesures de sûreté et dangerosité en France avant 1939. Marc Renneville (maître de conférences, Centre A. Koyré. Histoire des sciences et des techniques (UMR 8560),
  • Une revue « fascinée » ? La Revue de science criminelle et de droit pénal comparé (1936-1939). Jean-Claude Vimont (maître de conférences, Université de Rouen, laboratoire GRHIS),

Contact

  • Marc Renneville
    courriel : m [point] renneville (at) free [point] fr
  • Jean-Claude Vimont
    courriel : jean-claude [point] vimont (at) wanadoo [point] fr

Photographie et prisons : un projet de Moreau-Christophe (1854)

troppmann

Dès l’invention de la photographie, « la police en comprit la portée » ((Charlie Najman, Nicolas Tourlière, La police des images, Paris, Encre, 1980, p. 5.)) . Des daguerrotypes furent réalisés dans les années 40 lors de certaines arrestations en Belgique, en Angleterre et à Paris. L’idée d’une application systématique de la photographie aux détenus apparaît dès le Second Empire. Inspecteur général des prisons, Moreau-Christophe profite au début des années 1850 de sa place à la direction de la maison centrale d’Ensisheim pour réaliser des « photographies signalétiques » de détenus. Fort de cette expérience, il propose d’étendre dans un premier temps « cette marque nouvelle » aux condamnés dangereux mis en liberté sous surveillance dans les 17 maisons centrales de France, pour la généraliser ensuite à tous les libérés. Moreau-Christophe envisage de compléter ce « signalement photographique » par trois autres types d’informations :
– le « signalement graphométrique », qui permettrait de mesurer et de décrire « ce que la lumière ne peut ni mesurer ni décrire »
– le « signalement biographique », qui condensait à la fois des informations sur la vie privée du libéré et sur ses condamnations antérieures
– le « signalement pénitentiaire », qui dressait un tableau du comportement du condamné lors de sa détention
le tout devait être consigné dans un carnet individuel imprimé « qui ne laissait que des blancs faciles à remplir », de telle sorte, ajoute enthousiaste Ernest Lacan, rédacteur du journal La Lumière, que « ce système de signalement biométrophotographique enlacerait le libéré comme dans un quatruple réseau lequel ne lui permettrait de faire aucun mouvement en dehors de la ligne tracé, sans être aussitôt vu, reconnu, repris »  .

Le projet de Moreau-Christophe formulait le rêve d’un portrait judiciaire extensif que l’anthropologie criminelle et la criminologie tenteront bientôt de mettre en œuvre.

Lire un article d’Ernest Lacan sur la photographie signalétique appliquée aux libérés (1854)

Voir aussi la présentation du documentaire « Les sales têtes »