L’affaire Chambige

Henri ChambigeUne recherche en cours, menée par Jacqueline Carroy, Judith Lyon-Caen et Marc Renneville

Dessin publié dans L’illustration (1888)

Le 25 janvier 1888, dans une villa de Sidi-Mabrouk, aux environs de Constantine, l’étudiant Henri Chambige, âgé de 22 ans, est retrouvé blessé près du cadavre dévêtu de Magdeleine Grille, une femme mariée de 30 ans, jusque-là réputée irréprochable. Deux versions s’opposent pour l’explication de ce drame. Si Chambige reconnaît qu’il a tué madame Grille, il affirme que c’est à sa demande, car celle-ci lui aurait proposé d’être sa maîtresse puis de mourir avec lui pour ne pas survivre au déshonneur. Sous l’empire d’une passion réciproque, Chambige aurait accepté, mais il aurait manqué son propre suicide. Dans le souci de préserver l’honneur d’une femme et de sa famille, le mari et la mère de la défunte se portent partie civile et soutiennent que celle-ci a pu être hypnotisée ou droguée, puis violée par Chambige. Le meurtre de madame Grille serait donc dans un cas un double suicide raté devenu un crime passionnel et, dans l’autre, une affaire de viol sous suggestion, comme on en évoquait beaucoup en un temps où l’hypnotisme triomphait. Appelée à être jugée devant la cour d’assises de Constantine du 8 au 11 novembre 1888, l’affaire fait grand bruit parce qu’elle mobilise deux familles connues et influentes. Deux thèses, deux camps s’opposent, en Algérie comme à Paris ; mais il y a surtout, derrière la question judiciaire, une attention singulière portée à la relation entre le psychisme de l’accusé et le roman contemporain. En portant ainsi le débat sur la scène judiciaire, cette affaire nous paraît révélatrice de la profonde intrication des sciences psychologiques, de la criminologie et de la littérature de l’époque.

Chronologie succincte

1865 : Naissance d’Henri Chambige à Médeah.

1887 : Henri Chambige publie dans La revue générale, littéraire, politique et artistique, « Les Goncourt. Le modernisme », n° 85, p. 207-212.

1888 : 25 janvier. Assassinat par Henri Chambige, alors âgé de 22 ans, de Mme Magdeleine Grille bientôt trente ans, dans la villa familiale des Chambige, à Sidi-Mabrouck, près de Constantine.
2, 3 et 4 novembre. Avant le procès, des articles d’Albert Bataille paraissent dans Le Figaro, « Une cause célèbre. – L’affaire Chambige » dans lesquels sont cités notamment des extraits de « Confessions » de Chambige écrites en prison après son meurtre. Bataille couvre ensuite le procès dans Le Figaro.
8-11 novembre. Procès devant la Cour d’assises de Constantine.
Condamnation pour meurtre avec préméditation avec circonstances atténuantes, à sept ans de travaux forcés (à Cayenne) et un franc de dommages envers la partie civile. Me Durier, avocat de Chambige, fait une requête en grâce auprès du Président de la République, Sadi Carnot. Celui-ci commue la peine de sept ans de travaux forcés en sept ans de réclusion.

1889 : Tarde (Gabriel), « L’affaire Chambige », Archives de l’anthropologie criminelle, 1889, p. 92-108 (en libre accès sur Criminocorpus)

Bataille (Albert), « Affaire Chambige », Causes criminelles et mondaines de 1888, Paris, Dentu, p. 1-78. Ce chapitre, qui reprend les articles du Figaro, est précédé d’une préface de Paul Bourget datée du 13 mars 1889 (p. V-XII).

Honcey (Jean), Jean Bise, Paris, Perrin. Le livre est daté d’avril 1889.

Bourget (Paul), Le disciple, Paris, Alphonse Lemerre, 1889.

1891 : Gyp, Un raté, Paris, C. Lévy.
Dans Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (Paris, Doin, p. 153-156), Hippolyte Bernheim présente l’affaire Chambige comme une affaire du « suggestion criminelle ».

1892 : Paul Brulat, L’Ame errante, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle.
Chambige bénéficie d’une libération conditionnelle.

1895 : 20 novembre. Dans une lettre à sa femme, Zola écrit : « Brulat est venu me présenter Chambige qui est de passage à Paris […] Il cherche à recommencer sa vie et il voulait prendre des conseils de moi. » ((Correspondance, VIII, Paris, Montréal, CNRS, Presses de l’Université de Montréal, p. 1895)).

1899 : Marcel Lami (pseud. de Chambige), La débandade. Souvenirs d’un volontaire inutile, Paris, Edition de la Revue Blanche. Ce livre est présenté comme le seul ouvrage publié du vivant de l’auteur par Edouard Leconte. Les autres ouvrages auraient été publiés à titre posthume par les soins de « Madame Marcel Lami » et des amis de l’auteur.

1900 : Louis Proal, Le crime et le suicide passionnels, Paris, F. Alcan.

1901 ? Chambige se marie avec une cousine dont il a une fille.

1904 : Préface de Marcel Lami à Enrique Gomez Carrillo, Quelques petites âmes d’ici et d’ailleurs, trad. de l’Espagnol par Ch. Barthez, Paris, E. Sansot.

1909 : Mort de Chambige. De nombreux articles dans la presse rappellent le drame de 1888 (( Nos remerciements à M. Hugues Laroche pour la détermination de cette date)).

1909 : M. Lami, Terres d’aventures, Paris, Louis Michaud.

1910 : M. Lami, Grand Paul, préface de Paul Margueritte, Paris, Louis Michaud.

1911 : M. Lami, Vers les cîmes, préface de Edouard Conte, Paris, Louis Michaud.
Alonso de Contreras, Mémoires… mis en français par Marcel Lami et Léo Rouanet, Paris.

Lami M., Terres d’héroïsme et de volupté, Paris, Louis Michaud, s. d.

En complément, deux textes d’époque et deux points de vues à lire sur ce site  :

1. Anatole France, « Un crime littéraire. L’affaire Chambige » (11 novembre 1888)

2. Maurice Barrès, « La sensibilité d’Henri Chambige », (11 novembre 1888)

A lire également sur le web : J. Carroy et M. Renneville, « Une cause passionnelle passionnante : Tarde et l’affaire Chambige », Champ pénal, XXXIVe congrès français de criminologie, tome 1, Les criminologiques de Tarde. http://champpenal.revues.org/document260.html

Si vous possédez des informations sur la vie de Chambige, ses écrits ou son manuscrit, n’hésitez pas à nous contacter :
Jacqueline Carroy (jacqueline.carroy[at]ehess.fr)
Marc Renneville (marc.renneville[at]cnrs.fr)