F-J Gall (1758-1828)

f-j-gallMédecin et anatomiste, François-Joseph Gall est à l’origine de la phrénologie. Cette science de l’esprit aujourd’hui obsolète a eu une importance considérable en Occident dans la première moitié du XIXe siècle. La phrénologie proposait une théorie du passage à l’acte, du jugement et de l’application des peines qui en fit une véritable « criminologie » avant la lettre.
François-Joseph Gall a dispensé sa doctrine en Autriche, dans les États allemands et en France, où il s’installe définitivement à partir de 1808. Même s’il a eu des disciples dissidents (Spurzheim, Broussais…) et même si sa théorie a connu bien des vicissitudes après sa mort, Gall a exercé sur cette science un incontestable magistère. Brillant anatomiste et médecin réputé, il a su mettre en scène sa propre découverte en privilégiant l’image d’une rupture. S’il ne fait pas de doute que les éléments de cette « révolution » sont à accepter sous bénéfice d’inventaire, elle a conservé tout au long du XIXe siècle au moins cette dimension novatrice que lui octroyait Gall :

« Il n’y a que quelques années que tous ceux qui étaient à la tête d’hospices d’aliénés, ou qui écrivaient sur la folie, tenaient les aliénations mentales pour des maladies de l’âme et de l’esprit, auxquelles le corps n’avaient pas la moindre part ; ou ils plaçaient leur siège immédiat dans la poitrine et dans les entrailles du bas-ventre. Non seulement cette croyance générale détournait l’attention du véritable siège de ces maladies, mais elle privait encore les médecins des maisons de fous d’un des plus précieux et plus féconds moyens de découvrir les véritables qualités et facultés fondamentales, le rapport de leurs altérations avec les altérations du cerveau, la correspondance des aliénations partielles ou des monomanies avec la pluralité des organes cérébraux, et leur souffrance partielle, etc., etc. ; et de démasquer enfin les doctrines erronées de ces philosophies qui sont encore professées dans toutes les universités. Je me réjouis d’avoir été le premier qui ait attaqué ces erreurs de nos plus respectables autorités, et d’avoir opéré la plus heureuse révolution, non seulement pour l’étude de la nature des maladies mentales, mais aussi pour leur traitement. » (F.-J. Gall, Sur les fonctions du cerveau…, 1822-1826, vol. 3, p. 123-124).
Gall affirme qu’il a été guidée par sa propre expérience. Constatant au fil de ses études que les élèves aux yeux saillants le surpassent toujours par leur excellente mémoire des mots, il rapproche la faculté du trait physique. Partant du principe contesté à l’époque que le cerveau est l’organe de la pensée, il décide de vérifier si d’autres talents peuvent être reliés à des conformations crâniennes précises. Débute alors une vaste enquête qui lui fait observer les animaux et les êtres humains se distinguant par des traits de caractère précis : poètes, mathématiciens, philosophes, musiciens, acteurs et cuisiniers mais aussi fous, voleurs et assassins. Sa méthode ? repérer un sujet présentant un trait de caractère « saillant » et contrôler s’il possède un relief crânien particulier. Gall en vient ainsi à dresser la cartographie de 27 fonctions cérébrales allant du penchant à l’amour physique à la sagacité comparative en passant par l’organe de la musique ou celui du vol.

Adoptant une démarche empirique et comparative dans tout le règne animal, Gall pense être parvenu à localiser sur le cerveau de l’être humain le siège de l’amour physique, le talent des mathématiques, l’instinct de propriété, l’instinct carnassier etc. De nombreux élèves de Gall ont allié la phrénologie avec l’examen de la physionomie. Les phrénologistes ont effectué des autopsies et de nombreux moulages dans les asiles, dans les prisons et dans les bagnes.

Pour la phrénologie, l’homme est sain d’esprit et doué de libre-arbitre si le développement de son cerveau est harmonieux. Si un organe est hypertrophié ou trop peu développement, l’individu sera déséquilibré : génie et folie, crime et vertu sont ainsi pour Gall les produits de la physiologie, et pas seulement de la volonté du sujet. Gall pensait que la phrénologie devait aboutir à une réforme scientifique des lois pénales.

Certains phrénologistes expliquaient qu’au moment de l’enquête, un doute sur un suspect pouvait être levé par une cranioscopie bien menée… Pour Gall, il vaut mieux juger lors du procès pénal la personne plutôt que l’acte commis. Les crimes les plus horribles et sans mobiles peuvent en effet s’expliquer par des déterminations physiologiques : faut-il alors exécuter les auteurs de ces forfaits ? Curieusement, Gall allie une question moderne, qui sera au cœur de la philosophie pénale positiviste, avec une position traditionnelle sur la peine de mort : il estime que cette peine est utile, pour fournir à l’assassin potentiel des motifs extérieurs suffisant forts pour compenser son instinct meurtrier. Gall est en revanche sceptique sur la capacité des prisons de son temps à amender les détenus. Sur la question pénale, à peu près toutes les positions ont été tenues. Les philanthropes ont soutenu en France que la phrénologie devait aboutir à une généralisation des circonstances atténuantes, tandis que des disciples plus tardifs se sont rangés à des positions privilégiant la sécurité et l’ordre public (sentence à durée indéterminée).
La phrénologie n’a pas eu de postérité directe en criminologie. Elle a toutefois joué un rôle important comme modèle. On reconnaît sans peine ses principales idées à l’œuvre dans l’anthropologie criminelle de la seconde moitié du XIXe siècle. Ce courant scientifique cherchera en effet les caractères anatomiques, physiologiques, psychiques et sociaux de l’homme criminel pour le distinguer de l’honnête homme. Et il revendiquera, comme la phrénologie, la nécessité de sanctionner l’individu en fonction de sa dangerosité plutôt que de ses actes.

Source iconographique : Ce portrait de Gall a été réalisé de son vivant, au début du 19e siècle. Il est extrait des collections historiques de la Bibliothèque médicale de Upstate University (voir la page originale)