La folie meurtrière à l’écran

frankenstein_1931_2Frankenstein
(de J. Whale, 1931)

« Le crime est omniprésent dans les fictions cinématographiques produites depuis un siècle. Il traverse tous les genres, du peplum au thriller, du western au film catastrophe, du film de gangster au fantastique, du drame psychologique à la science-fiction…
La figure du fou criminel y tient une place de plus en plus prépondérante, si l’on en juge par les succès des films comme Shining (1980) et Basic Instinct (1992). Le phénomène se concentre depuis peu sur les tueurs en série, avec les titres qui ont trouvé un large public dans la dernière décennie du XXe siècle, du Silence des agneaux (1990) à Hannibal (2001) en passant par Tueurs-nés (1994), Seven (1995), Ugly (1997). Les réalisateurs français s’essaient au thème dans des productions de cinéma (Six-pack en 1999, Scènes de crime et Les Rivières pourpres en 2000) et des séries policières télévisées.
Ce tir groupé ferait presque oublier que le thème n’est pas neuf, puisqu’il est possible de dénombrer près de 900 films et téléfilms sur le sujet depuis les années vingt (S. Bourgoin). L’excellent rapport commercial du crime à l’écran avait déjà donné de nombreux signes avant-coureurs. Les années quatre-vingt ont été marquées par la suite de quatre Halloween et de sept Vendredi 13. La mini-série télévisée de Jack l’Eventreur (1988) a été suivie dès sa première diffusion en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis par plus de 64 millions de spectateurs et l’acteur Michael Caine y a trouvé son rôle le plus populaire.

Alfred Hitchcock a produit Psychose avec des moyens réduits (800 000 dollars) et les droits d’exploitation ont rapporté plus de 15 millions de dollars. Ce film a été son plus grand succès commercial et il fait sortir le « psychokiller » des séries B auquel il restait alors confiné. C’est aussi Frenzy (1972), une autre histoire de criminel psychopathe, qui permettra au maître du suspens de renouer avec le succès.

Quelques autres titres ont connu un large succès à leur sortie, de M le maudit de Fritz Lang (1931) – premier film réaliste sur un tueur en série – au désormais moins connu Hangover Square, de John Brahm (1945).
Le seul échec retentissant en ce domaine est le Monsieur Verdoux de Charles Chaplin (1946) mais il tient moins au thème même qu’à son traitement, puisque Chaplin y abandonne le personnage de Charlot pour jouer un Landru ambigu. Le contre-emploi de l’acteur vedette, l’humour macabre et la critique sociale présente dans le scénario sont certainement les causes de l’incompréhension du public.

Il est certes bien des films où l’on tue en série sans que la pathologie s’en mêle. Dans ces cas, la mort est administrée au nom d’une bonne cause, pour la patrie (film de guerre), pour préserver son honneur ou (se) faire justice (western). Dans ces films souvent manichéens, le comportement pathologique ne peut-être que chez l’ennemi qui, seul, pratique la torture. Il est toutefois impossible d’ériger ici des règles absolues. Si le western américain a produit peu de cow-boys « malades » de la gâchette, les réalisateurs italiens n’ont pas hésité à peindre une galerie de portraits beaucoup plus équivoque. Klaus Kinski est ainsi dans Le grand silence (1968) de Sergio Corbucci un chasseur de prime amoral qui tue sans état d’âme. On l’appelle « Loco » (le fou)… »
Extrait de M. Renneville, Crime et folie. Deux siècles d’enquêtes médicales et judiciaires, Paris, Fayard, chap. 14 « La folie meurtrière à l’écran ».

Voir la présentation du livre sur ce site

frankenstein_1931

Filmographie sélective

1912, Quo Vadis ?, It., Enrico Guazzoni.
1913, L’étudiant de Prague (Der Student von Prag), All., Stellan Rye.
1919, Le cabinet du docteur Caligari (Das Kabinett des Dr Caligari), All., Robert Wiene.
1919, Dr. Jekyll et Mister Hyde, USA, Sheldon Lewis
1920, idem, USA, John S. Robertson ; Der Januskopf, All, Friedrich Wilhelm Murnau.
1920, The Penalty, USA, Wallace Worsley.
1922, Le docteur Mabuse (1. Dr Mabuse, der Spieler – 2. Inferno), All., Fritz Lang.
1922, Nosferatu le vampire (Nosferatu, Eine Symphonie des Grauens), F.W. Murnau.
1923, Raskolnikov, All, Robert Wiene.
1923, Les rapaces (Greed), USA, Erich von Stroheim.
1924, Le cabinet des figures de cire (Das Wachsfiguren Kabinett), All. Paul Leni.
1925, Les mystères d’une âme (Geheimnisse einer Seel), All., Georg Wilhelm Pabst.
1926, L’étudiant de Prague (Der Student von Prag), All., Henrik Galeen.
1926, Les cheveux d’or (The Lodger), G.-B., Alfred Hitchcock.
1928, L’homme qui rit, (The Man who Laughs), USA, P. Leni.
1929, Loulou (Die Büchse der Pandora), All., G. W. Pabst.
1930, Petit Cesar (Little Ceasar), USA, Mervyn Le Roy.
1931, L’ennemi public (The Public ennemy), USA, William Wellman.
1931, M le Maudit, All., Fritz Lang.
1931, Frankenstein, USA, James Whale.
1931, Docteur X (Dr X), USA, Michael Curtiz.
1932, Scarface (Scarface : The shame of a Nation), USA, Howard Hawks.
1932, La chasse du comte Zaroff (The most dangerous game), USA, Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel.
1932, Docteur Jekyll and Mister Hyde, USA, Rouben Mamoulian.
1933, Le testament du docteur Mabuse (Das Testament des Dr. Mabuse), All., F. Lang.
1933, L’homme invisible (The Invisible Man), USA, J. Whale.
1933, Masques de cire (Mystery of the Wax Museum), USA, M. Curtiz
1934 Obsession, Fr., Maurice Tourneur.
1934, Le chat noir (The Black Cat), USA, Edgar G. Ulmer.
1935, Crime et châtiment, Fr. Pierre Chenal.
1935, Le corbeau (the Raven), USA, Louis Friedlander.
1935, Le monstre de Londres (The Werewolf of London), USA, Stuart Walker.
1937, La force des ténèbres (Night must fall), USA, Richard Thorpe.
1937, Jeune et innocent (Young and Innocent), G.-B., A. Hitchcock.
1938, La bête humaine, Fr., Jean Renoir.
1939, L’étrange rêve (Blind Alley), USA, Charles Vidor.
1941, Docteur Jekyll et Mister Hyde, USA, V. Fleming
1942, La féline (Cat people), USA, Jacques Tourneur.
1943, L’ombre d’un doute (Shadow of a Doubt), USA, A. Hitchcock.
1943, Le corbeau, Fr., H.-G. Clouzot.
1944, Hantise (Gaslight), USA, George Cukor.
1944, Barbe-bleue (Bluebeard), USA, Edgar G. Ulmer.
1944, Jack l’éventreur(The Lodger), USA, John Brahm.
1945, Au cœur de la nuit (Dead of night), G.-B., Alberto Calvandi, Robert Hamer, Basil Dearden, Charles Crichton.
1945, Le récupérateur de cadavres (The Body Snatcher), USA, R. Wise.
1945, La maison du docteur Edwardes (Spellbound), USA, A. Hitchcock.
1945, Hangover Square, USA, John Brahm.
1945, Péché mortel (Leave her to Heaven), USA, J. Stahl.
1946, Monsieur Verdoux, USA, Charles Chaplin.
1946, La double énigme (The Dark Mirror), USA, Robert Siodmak.
1946, The Brute Man, USA, Jean Yarbrough.
1946, La bête aux cinq doigts (The Beast with five fingers), USA, Robert Florey.
1948, La corde (The rope), USA, Alfred Hitchcock.
1948, La fin d’un tueur (The Dark Past), USA, Rudolf Mate.
1949, C-Man, USA, Joseph Lerner.
1949, L’enfer est à lui (White Heat), USA, Raoul Walsh.
1949, House by the River, USA, F. Lang.
1951, L’auberge rouge, Fr., Claude Autant-Lara.
1951, L’inconnu du Nord-Express (Strangers on a Train), USA, A. Hitchcock.
1951, M le Maudit, USA, Joseph Losey.
1951, Quo Vadis ?, USA, Mervyn LeRoy
1952, Un si doux visage (Angel Face), USA, Otto Preminger.
1952, L’homme à l’affût (The Sniper), USA, Edward Dmytryk.
1953, L’homme au masque de cire (House of Wax), USA, André de Toth.
1954, Man in the Attic, USA, Ugo Fregonese.
1955, La nuit du chasseur (Night of the Hunter), USA, Charles Laughton.
1955, La vie criminelle d’Archibald de la Cruz (Ensayo de un crimen), Mex., Luis Bunuel.
1956, La mauvaise graine (The Bad Seed), USA, Mervyn Le Roy.
1956, Voici le temps des assassins, Fr., Julien Duvivier.
1956, Derrière le miroir (Bigger than Life), USA, Nicholas Ray.
1957, Les SS frappent la nuit (Nachts, wenn der Teufel kan), RFA, R. Siodmak.
1958, Maigret tend un piège, Fr., Jean Delannoy.
1958, Les sentiers de la gloire (Paths of Glory), USA, S. Kubrick.
1959, Crime au musée des horreurs (Horrors of the Black Museum), G.-B., Arthur Crabtree.
1959, Jack l’éventreur (Jack the the Ripper), G.-B., Robert S. Baker.
1959, L’impasse aux violences (The Flesh and the Fiends), G.-B., John Gilling.
1960, Psychose (Psycho), USA, A. Hitchcock.
1960, Le voyeur (Pepping Tom), G.-B., Michael Powell.
1960, Le cirque des horreurs (Circus of horrors), G.-B., Sydney Hayers.
1961, Les innocents (The Innocents), G.-B., Jack Clayton.
1961, Le moulin des supplices (Il mulino delle donne di pietra), It., Giorgio Ferroni.
1962, Landru, Fr., C. Chabrol.
1962, Paranoïaque (Paranoiac), G.-B., Freddie Francis.
1962, Les nerfs à vif (Cape Fear), USA, Jack Lee Thompson.
1962, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (Whatever Happened to Baby Jane ?), USA, Robert Aldrich.
1962, Un crime dans la tête (Mandchurian Candidate), USA, John Frankenheimer.
1962, La fille qui en savait trop (La ragazza che sapeva troppo), It, Mario Bava.
1963, L’Etrange histoire du juge Cordier (Diary of a Madman), USA, R. Le Borg.
1963, Maniac, G.-B., Michael Carreras.
1963, Sa majesté des mouches (Lord of the Flies), G.-B., Peter Brook.
1963, Dementia 13, USA, Francis Ford Coppola.
1963, Orgies sanglantes (Blood feast), USA, Herschell Gordon Lewis.
1964, La force des ténèbres (Night must fall), G.-B., Karel Reisz.
1964, Deux milles maniaques (2000 maniacs), USA, Herschell Gordon Lewis.
1964, Le tueur de Boston (The Strangler), USA, Burt Topper.
1964, Six femmes pour l’assassin (Sei Donne per l’assassino), It., Mario Bava.
1964, Docteur Folamour (Doctor Strangelove or How I learned to stop worrying and love the Bomb), USA, S. Kubrick.
1965, Répulsion (Repulsion), G.-B., Roman Polanski.
1965, La meurtrière diabolique (Strait jacket), USA, William Castle.
1965, L’obsédé (The Collector), USA, William Wyler.
1965, Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur ( A Study in Terror), GB, James Hill.
1966, La chambre des horreurs (Chamber of Horrors), USA, Hy Averback.
1966, La nuit des généraux (The night of the generals), France-USA, Anatole Litvak.
1967, De sang froid (In Cold Blood), USA, Richard Brooks.
1967, Les Anges violés (Okasareta byakui), Japon, Koji Wakamatsu.
1968, L’étrangleur de Boston, (The Boston Strangler), USA, Richard Fleischer.
1968, Le grand silence (Il grande silenzio), It., Sergio Corbucci.
1969, Pourquoi monsieur R. est-il atteint de folie meurtrière ? (Warum laüft Herr R. Amok ?), All., Rainer Werner Fassbinder.
1969, Le boucher, Fr., Claude Chabrol.
1969, La chasse aux sorcières (Die Hexenjagd), Tch., Otakar Vavra.
1970, Les tueurs de la lune de miel (The Honeymoon Killers), USA, Leonard Kastle.
1971, Orange mécanique (A clockwork Orange), G.-B., S. Kubrick.
1971, Le chat a neuf queues (Il gato a nove coda), It., Mario Bava.
1971, L’étrangleur de Rillington Place (Ten Rillington Place), G.-B., Richard Fleischer.
1971, Semaine d’un assassin (Cannibal man), Espagne, Iloy de la Iglesia.
1972, Frenzy, G.-B., A. Hitchcock.
1972, Taxi driver, USA, Martin Scorsese.
1973, La tendresse des loups (Die Zärtlichkeit des Wölfe), RFA, Ulli Lommel.
1974, Massacre à la tronçonneuse (The Texas Chainsaw Massacre), USA, Tobe Hooper
1975, Folle à tuer, Fr., Yves Boisset.
1976, Le juge et l’assassin, Fr., B. Tavernier.
1977, La colline a des yeux (The Hills have Eyes), USA, Wes Craven.
1977, La saponificatrice (Gran Bollito), It., Mauro Bolognini.
1977, La machine, Fr., Paul Vecchiali.
1978, Violette Nozière, Fr., C. Chabrol.
1978, La nuit des masques (Halloween), USA, John Carpenter.
1978, Meurtres par décret (Murder by Decree), G-B., Bob Clark.
1979, Série noire, Fr., Alain Corneau.
1980, Terreur sur la ligne (When a Stranger calls), USA, Fred Walton.
1980, Shining, G.-B., S. Kubrick.
1980, Vendredi 13 (Friday the 13th), USA, Sean S. Cunningham.
1980, Fondu au noir (Fade to Black), USA, Vernon Zimmerman.
1981, Coup de torchon, Fr., B. Tavernier.
1981, Pulsions (Dressed to Kill), USA, Brian de Palma.
1982, Les fantômes du chapelier, Fr., C. Chabrol.
1984, Sang pour sang (Blood simple), USA, Joël Coen.
1985, Henry, portrait of a serial killer, USA, John Mac Naughton.
1988, Jack l’éventreur (Jack the Ripper), G.-B. USA, David Wicker.
1989, Docteur Petiot, Fr, C. Chabrol.
1990, Le silence des agneaux (The Silence of the Lambs), USA, Jonathan Demme.
1992, Basic Instinct, USA, Paul Verhoeven.
1994, Tueurs-nés (Natural Born Killers), USA, Oliver Stone.
1994, Le monstre (Il mostro), It., Roberto Benigni.
1994, La machine, Fr., François Dupeyron.
1995, Seven, USA, David Fincher.
1996, Capitaine Conan, Fr., B. Tavernier.
1997, Le collectionneur (Kiss the Girls), USA, Gary Fleder.
1997, Ugly, N. Zél., Scott Reynolds.
1999, Six pack, France, Alain Berberian.
2000, Scènes de crimes, Fr., Frédéric Schoendorfer.
2000, Les blessures assassines, Fr., Jean-Pierre Denis.
2000, Les rivières pourpres, Fr., Matthieu Kassovitz.
2001, Le pacte des loups, Fr., Christophe Ganz.
2001, Hannibal, USA, Ridley Scott.
2002, From Hell, USA, Albert et Allen Hugues.
2003, Memories of murder, Corée du Sud, Bong Joon-Ho.

Carnet 3. 2005

Deux mois de silence sur cette affaire.

Que les patients lecteurs comprennent que je n’ai pas renoncé à cette publication mais le rythme régulier de la blog-édition est peu approprié à l’objet ; à moins que l’on veut bien entendre quelque chose de ce silence, qui dit plus qu’une note les vicissitudes d’une enquête que j’ai failli, à plusieurs reprises, abandonner.

L’article précédent (Carnet 2. 2004) laissait poindre ma déception lorsque j’appris que la source judiciaire de l’enquête était défaillante. Fallait-il alors s’en remettre à d’autres sources ? Voilà qui n’augurait rien de bon. Je me voyais contraint de sortir des sentiers battus de la méthodologie historique. Que pouvais-je bien récolter ? Face à cette incertitude, je décidais, le 7 janvier, d’ouvrir un carnet de notes, qui n’était pas encore un journal.

11 janvier 2005

Ayant vaincu mes réticences, je me décide à contacter le détenteur de l’archive privée que m’avait indiqué la personne m’ayant invité à travailler sur l’affaire. Il s’agit d’un descendant de l’avocat commis d’office pour la défense de Delafet. Avec un peu de chance, il peut posséder une copie du dossier… S’il n’a rien de probant, je classerai définitivement l’affaire.

Nous prenons rendez-vous pour le 13 suivant.

13 janvier 2005

Entretien avec M. Paul de Lacvivier, fils de Jean, qui était bâtonnier au moment des faits, et fut avocat commis d’office, défenseur de Delafet, avec Gaston Perault. Selon les confidences rapportées de son défenseur, Pierre Delafet avait avancé pour seule explication de son geste qu’il « voulait être seul ». Il paraissait indifférent à la portée de son acte et à ses conséquences. La conviction de Jean de Lacvivier rejoignait celle du psychiatre Maurice Dide, l’expert commis par la défense : Pierre Delafet avait agi dans un accès de folie.

Je n’en saurais guère plus. La bonne volonté de mon hôte n’y peut rien. La matière documentaire est maigre. La famille n’a conservé aucune note de l’avocat, aucun papier. Et puis, à la maison, il y avait deux sujets dont on ne parlait pas : la première guerre mondiale, et l’affaire Delafet.

Défaut d’archive donc. Rien de probant. Je tenais là le motif pour abandonner l’enquête. Ce premier entretien eut pourtant l’effet inverse.

L’accueil généreux de mon interlocuteur d’abord, contribua à instaurer la dimension « fraternelle » d’un échange pour lequel je devrais produire un retour.

Je fus intrigué aussi par la photocopie d’une chanson faite sur le crime : « Le sextuple assassinat de Moirax – Un horrible carnage ».

Acte banal au XIXe siècle encore, la composition en 1932 de cette complainte criminelle me semblait un acte désuet. En voici le premier complet, et le refrain :

Au hameau de [Farges], vivait une famille de cultivateurs et leurs chers petits.
Hélas quel malheur, un homme surgit,
Produit de leur chair, assassin maudit.
Ces pauvres victimes frappées sauvagement,
A grands coups de hache et coups de trident.
Et vous pauvres enfants et pauvre maman,
Anges pour le ciel, visions éternel’.

Refrain

Pleurez pauvres mamans, pleurez pauvres parents,
Ce crime si atroce commis sur de braves gens.
Vous tous qui écoutez, vous n’oublierez jamais.
Braves gens du pays,
Sur les tombes bénies que le cruel destin,
A fermées pour toujours pour calmer leurs chagrins,
Portez souvent des fleurs,
Mimosas et jasmins

Ces paroles devaient être chantées sur l’air de « Au rendez-vous d’amour ». M. de Lacvivier n’en connaissait pas la mélodie. Je n’imaginais pas alors qu’il me faudrait plus de deux années pour retrouver la partition…

Il y eut surtout, au fil de notre entretien, trois photos de la scène de crime posées sur la table. La première était une vue du couloir de la maison, avec un couteau sur le sol pavé. La seconde était une vue de la chambre de Delafet, plus précisément de sa femme gisant sur le lit, cheveux maculés de sang, la bouche bâillonné par un mouchoir. La troisième vue était un plan rapproché du jeune enfant de trois mois, tué dans son berceau.

Ces photos eurent un effet retard mais décisif. Sous le coup de l’émotion, ma première réaction fut de rejet et de dégoût. Je n’avais pas soupçonné l’existence de ces photos et j’aurais probablement refusé de les voir, si on m’avait demandé mon avis. L’historien n’est ni policier ni médecin légiste. La vue de telles abominations n’est pas son affaire. Je me trouvais entraîné au-delà de ce que j’avais imaginé mais il était trop tard pour se prémunir des conséquences. Les images des victimes me revinrent, le soir même, et ne me quittèrent plus. Impossible de les oublier. J’étais compromis dans ma méthode, impliqué dans une relation que je n’avais pas désirée. Ces trois clichés m’avaient introduit dans la maison, au cœur du massacre. Ils m’avaient fait participé au sentiment du malheur, comme par contamination. Je devais désormais établir le moyen, sinon d’en sortir, du moins d’en rendre compte, en trouvant la tonalité juste et la bonne distance.

Carnet 2. 2004

Septembre-octobre 2004

Nous nous rendons régulièrement avec mon collègue Philippe Poisson aux Archives départementales de Lot-et-Garonne pour effectuer une recherche sur l’histoire des prisons d’Agen. Ceci dans le but d’enrichir les cours d’histoire pénitentiaire que nous donnons à l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire. Des exemples concrets sont toujours utiles pour comprendre le sens général de l’histoire des peines, tant il existe une distance souvent grande entre les lois et leur application… Nous consultons aux archives les fonds des établissements pénitentiaires (série Y) et découvrons l’existence et l’intérêt de nombreux dossiers relatifs à la maison centrale d’Eysses, à sa colonie correctionnelle et aux prisons d’Agen. Au fil de ces séances de dépouillement, nous imaginons de créer en collaboration avec le service des archives un bulletin d’une douzaine de pages ayant pour objectif d’explorer l’histoire judiciaire et pénitentiaire du département en mettant en valeur ses ressources archivistiques (4 numéros verront le jour. Ils sont en ligne ici)

Parmi les thèmes possibles, je songe à l’affaire Delafet. Elle trouverait là sa juste place dans l’histoire locale.

Novembre 2004

Direction les archives départementales, pour vérifier l’existence des sources disponibles sur l’affaire. Toute enquête historique de ce type débute par la consultation des outils de recherche, puis des inventaires de sources. Le premier ouvrage à consulter en la matière est le Guide des archives judiciaires et pénitentiaires, réalisé par Jean-Claude Farcy et édité par le CNRS en 1992. Ce guide comprend un panorama de l’historiographie, une description raisonnée des institutions judiciaires et pénitentiaires, la liste des différents documents que l’on peut trouver dans les fonds d’archives et l’inventaire des fonds d’archives nationaux et départementaux (on peut consulter l’ouvrage en ligne sur le site criminocorpus, ici ). Voir aussi, du même auteur, les sources judiciaires de l’histoire contemporaine, ici ).

Rappelons simplement ici que les archives départementales possèdent une unité de classement interdépartementale en série alphabétique qui facilite grandement les recherches. C’est ainsi que les archives antérieures à 1790 font l’objet des série A à I. La série « A » est consacrée aux actes du pouvoir souverain et du domaine public, la série « B » aux Cours et juridictions etc. Les archives dites « modernes » (de 1789 à 1940) sont classées comme suit :
K. Lois, ordonnances et arrêts
L. Documents relatifs aux administrations de département, de district et de canton (1790-1800)
M. Administration générale et économie
N. Administration et comptabilité départementale
O. Administration et comptabilité communales
P. Finances et cadastres
Q. Domaines, enregistrement, hypothèques
R. Affaires militaires et organismes de temps de guerre
S. Travaux publics et transports
T. Enseignement, affaires culturelles, sports
U. Justice
V. Cultes
X. Assistance et prévoyance sociale
Y. Etablissements pénitentiaires
Z. Sous-préfectures

Tous les documents postérieurs de la période contemporaine (après le 10 juillet 1940) sont regroupés en une unique série « W ».

Si l’accès aux archives départementales est libre, tout dossier n’est pas librement communicable. Les délais de communicabilité des archives privées sont laissés à la discrétion de leur propriétaire. Les délais de libre communicabilité des archives publiques sont fixés par la loi (Code du patrimoine, articles L. 213-1 à 8 ) ainsi que par la loi 78-753 modifiée portant diverses mesures d’amélioration des relations entre les administrations et le public et la loi 2000-321 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations.
Pour obtenir l’autorisation de consulter des documents non librement communicables, il faut faire une demande de dérogation, instruite par les archives départementales et signée par le ministre de la Culture.
Les délais de non communicabilité varient selon la nature des informations contenues dans les documents. A titre d’exemple, un dossier comprenant des données individuelles à caractère médical ne devient librement communicable qu’à partir de… 150 ans après la date de naissance de l’intéressé. Pour les dossiers de personnels, c’est 120. Pour les dossiers judiciaires, 100 ans ; etc. Ces délais visent à préserver la vie privée des personnes en ne permettant pas de consulter trop tôt les données confidentielles de tiers. Ils visent aussi dans certains cas à préserver la sûreté de l’Etat et la défense nationale… Les recherches historiques étant fortement dépendantes de l’existence et de l’accessibilité des sources, certains thèmes d’histoire contemporaine touchant à des enjeux de mémoire nationale peuvent être source de conflits sur la bonne marche à suivre (lire ici à titre d’exemple un entretien avec l’historien Jean-Luc Einaudi, à propos des événements tragiques liés au couvre-feu sélectif instauré à Paris le 17 octobre 1961)

Pour enquêter sur une affaire criminelle dans une perspective d’histoire judiciaire, la source à privilégier est évidemment d’ordre… judiciaire. Le travail de l’historien est ici étroitement dépendant du travail du juge et de l’archiviste. Première série à consulter, c’est dans la série « U » que l’on peut retrouver le jugement et surtout, le dossier de procédure, dont le nombre de pièces écrites est souvent proportionnel à l’importance de l’affaire. Ce dossier permet en effet de suivre l’activité du juge d’instruction. Les procès-verbaux d’interrogatoire donnent accès à la parole du coupable, mais aussi des éventuels témoins, des victimes survivantes ou tout simplement de la famille, de l’entourage. Le déroulé du procès n’étant pas consigné par écrit, on peut, s’il s’agit d’une affaire importante, retrouver les débats consignés dans la presse judiciaire ou locale. Mon premier réflexe a donc été de consulter l’inventaire de la série « U », pour retrouver la trace du dossier judiciaire de Delafet…

Réussir une recherche suppose de la méthode mais aussi un peu de chance. Cette dernière ne fut pas tout de suite au rendez-vous. La série U des archives de Lot-et-Garonne ne contient pas le dossier de l’affaire Delafet… Très mauvaise nouvelle ! Je vérifie l’inventaire. Questionne les archivistes. Aucun espoir. L’inventaire est complet. C’est bien le fonds qui est lacunaire. Mon sujet s’éloigne une nouvelle fois. Sans sources, pas de sujet possible pour notre bulletin, à moins de se contenter d’un travail sur la presse, ce que je n’envisage pas.

Ne semblait rester en fin de journée que la piste le mystérieux dossier d’archive privée…

A propos des archives départementales de Lot-et-Garonne

Elles sont – dans l’attente d’un déménagement programmé – réparties sur deux sites, avec deux salles de travail. Le site du Conseil général (ancien hôpital Saint-Jacques) abrite les collections relatives à la période contemporaine, tandis que le site situé place Verdun contient les fonds anciens et propose à la consultation tous les instruments utiles (inventaires, ouvrages de référence…) pour débuter une recherche. Les Archives départementales de Lot-et-Garonne propose un site web très riche (ici )

Archives départementales de Lot et Garonne

Le bâtiment du site de la place Verdun a été spécifiquement conçu pour accueillir des archives. Jusqu’en 1904, ces dernières étaient entreposées dans les combles de la préfecture. L’incendie de celle-ci, le 21 octobre 1904, décida la construction d’un bâtiment exclusivement dédié au service des archives départementales. L’édifice fut conçu par l’architecte Albert Courau dans un style néo-classique. Il a été réalisé avec des technologies alors modernes (fonte, béton armé) mais cette modernité est masquée par une façade traitée de manière traditionnelle avec une alternance de briques et lits de pierres. A l’intérieur, les poutrelles servent de montants aux rayonnages sont en fonte ajourée… ce qui ne facilitera pas la reconversion des lieux.

Agen possède d’autres réalisations d’Albert Courau (l’hôtel des postes par exemple).

On peut prolonger cette note par une visite virtuelle sur le thème de l’architecture agenaise, en consultant en ligne une série de clichés pris pendant la première moitié du 20e siècle. Ces vues (les originaux sont des plaques de verre) sont accessibles à partir de la page de l’inventaire du fonds sur le site des archives départementales (ici )

Carnet 1. 2003

Janvier 2003

Le président de la Société académique du Lot-et-Garonne me contacte par téléphone pour me suggérer, en ma qualité de spécialiste de ces questions ( ?), de travailler sur une cause criminelle célèbre qui a défrayé la chronique régionale. Il m’indique également une piste à suivre : il s’agirait de prendre contact avec le fils de l’avocat commis d’office, qui posséderait un dossier…
Je suis très honoré par cet appel et je remercie mon interlocuteur en prenant les coordonnées de cet informateur potentiel… mais je reste, téléphone raccroché, dubitatif. Je n’ai rien demandé, pourquoi donc s’adresser ainsi directement à moi, qui ne suis même pas de la région ? Je ne suis pas non plus un spécialiste de l’histoire des faits divers, je pensais même avoir été assez vigilant pour m’en tenir jusqu’ici à une distance respectable. Le temps est loin où – gamin – j’écoutais à la radio les chroniques criminelles de Pierre Bellemare. Rien ne m’attire dans la mise en scène du crime. Je me demande un moment s’il n’y a pas erreur sur la personne… Non, cette hypothèse ne tient pas.
Il me faudrait en plus entrer en contact avec un mystérieux informateur qui posséderait un dossier ? Cela me paraît bien étrange, avec un parfum de film d’espionnage de série B. Il faut dire que je travaille essentiellement sur des sources de papier. Avec des morts donc. Et je peux avouer aussi que cela me repose de la folie d’un monde contemporain qui me paraît si souvent inintelligible. L’histoire est à la fois pour moi une tentative de compréhension et une pratique d’évasion. Pourquoi devrai-je quitter la rive tranquille des sources inertes pour aller à la rencontre d’informateurs, bien vivants eux ? Une telle démarche me parait incongrue, déplacée. Je conserve à tout hasard le bout de feuille sur lequel j’ai griffonné l’essentiel sur l’affaire : « Delafet, 1932, famille massacrée. Article de M. Moutou dans la Revue de l’Agenais, 1991 » . Par égard pour mon interlocuteur, je jetterai un jour un coup d’œil là-dessus. Rien ne presse, ce n’est pas un dossier pour moi.

Février 2003

Une collègue travaillant sur la colonie correctionnelle d’Eysses me rapporte une copie de l’article paru sur l’affaire Delafet. Je la remercie pour cette attention. Ce n’était pas vraiment une urgence, mais puisque j’ai maintenant le texte, je n’ai plus qu’à le lire… ce que je fais quelques jours plus tard, pendant mes vacances. L’article expose l’essentiel de l’affaire du point de vue descriptif. L’avocat Jean Moutou y relate précisément (sans citer ses sources) le déroulé du sextuple assassinat, du procès et l’exécution de la peine. Il livre quelques éléments de biographie sur l’assassin, agriculteur, un temps ouvrier, marié deux fois, service militaire à Beyrouth. Des victimes, on ne connaît que l’état-civil, rien de plus, comme si souvent en la matière. Je découvre aussi rapportée cette parole de Delafet, qui aurait tué « pour être le maître ». Le « maître » ! N’est-ce pas cette volonté de puissance qui fait la folie du monde ? Le « maître » de quoi au juste ? Voilà un propos qui me rend l’individu d’emblée antipathique. Massacrer sa famille, femme, grand-mère, grand-oncle, mère et enfants, est-ce là une idée ? Mes lectures de criminologie me laissait présumer un Sud et ses campagnes plus brutales que le Nord et les villes. Le massacre perpétré par Delafet pourrait en être une illustration parmi d’autres. Eh, bien, cela est mince, mais cela me suffira. Crime archaïque, presque atavique, comme dirait Cesare Lombroso… Ah certes, je ne suis pas lombrosien, mais je ne suis pas non plus criminologue. Un expert psychiatre s’interrogerait peut-être sur les mobiles ou la personnalité du coupable, mais à quoi bon chercher plus loin que cette première inscription dans une ruralité qui m’est étrangère, quasi exotique ? En ma qualité d’urbain pacifique et de « père de famille », je n’ai nul intention d’être souillé par la fréquentation, si brève soit-elle, de ce sinistre personnage. « Etait-il un monstre ? » s’interroge Jean Moutou, qui conclut ainsi : « Pierre Delafet a tué, emportant son secret dans sa tombe et personne ne saura jamais pourquoi le paisible agriculteur de Moirax est devenu par une nuit glaciale de février 1933 (sic : c’est en fait 1932) l’un des plus sanguinaires criminels des annales judiciaires ».

Je sais bien que la figure du monstre criminel est une construction sociale. Mais le masque ici ne peut tomber puisque l’assassin n’a rien dit, ou si peu. Aucun rapport avec cet autre parricide, le célèbre Pierre Rivière, qui eut au moins la délicatesse de produire un mémoire autobiographique dont les historiens firent leur miel. Ici, tout me paraît médiocre, lamentable, raté. Il y a comme une disproportion entre l’effroyable corps du délit – une famille massacrée – et cette parole d’assassin si rare, sèche et vaniteuse. Pierre Rivière, lui, avait rédigé en 1835 un texte dont la retranscription tient en 70 pages pour expliquer le meurtre de sa mère, sa sœur et son frère. Pour espérer s’élever au niveau historiographique de Pierre Rivière, Delafet aurait du, un siècle plus tard, rédiger un volume complet de ses mémoires.

Ayant maintenant une connaissance plus précise des circonstances du crime, j’en suis comme soulagé. Ce n’était donc que cela ? Une affaire classée donc, et c’est très bien ainsi. Les faits sont établis, le coupable est connu. Il n’a pas tenté de se défendre en protestant de son innocence. Il s’est tu. Que dire de plus ? Cette affaire m’apparaît tout au plus comme un fait divers marquant d’histoire locale. Anecdotique.
Je n’ai plus qu’à refermer sereinement le dossier à peine entrouvert, plongé que je suis dans la relecture des épreuves de Crime et Folie.

Une longue année s’écoulera sans que Delafet ne revienne frapper à ma porte.

Le coupable

Dans cette affaire, le voile est très vite levé sur l’identité de l’assassin.

delafetAverti par télégramme du malheur qui frappait sa famille, Pierre Delafet est arrivé sur les lieux. A la vue des victimes, il ne manifeste aucune émotion. Sa main droite présente une estafilade pour laquelle il donne deux explications différentes. Il est placé en fin de journée en garde à vue pour plus ample information. C’est au petit matin de cette première nuit que Delafet avoue être l’auteur du massacre. Il a ainsi tué dans la nuit, dans l’ordre, avec une hachette, sa femme (30 ans), avec un couteau de cuisine, sa grand-mère (78 ans) puis son oncle (69 ans), puis sa mère (52 ans), sa fille (8 ans) au fusil, et son bébé de 4 mois d’un coup de hachette. Il s’est ensuite changé et est reparti en vélo à une cinquantaine de kilomètres chez des amis où il séjournait déjà depuis deux jours.

Dès le 12 février donc, les journaux livrent le nom de l’assassin : c’est le chef de famille, Pierre Delafet. Ces mêmes journaux reprennent les paroles qu’on lui prête « J’ai tué pour être le maître ». Le crime aurait été causé par une mésentente avec la famille, l’oncle, sa mère, peut-être sa femme…

Ayant reconnu être l’unique coupable d’un double parricide et d’un quadruple assassinat, Delafet est inculpé et écroué à la prison départementale d’Agen.

Le crime

la-petite-gironde

Un horrible drame à Moirax. (Lot-et-Garonne)
Six membres d’une même famille assassinés pendant leur sommeil
(De notre correspondant particulier)

Agen. 10 février. – Un drame épouvantable vient de jeter le deuil et la consternation dans les laborieuses et paisibles populations de la commune de Moirax.
La famille Delafé (sic) toute entière, ou plutôt tous les habitants de la maison de Farges, à l’exception de M. Delafé, qui se trouvait momentanément absent, viennent d’être victimes d’un crime qui s’est perpétré dans des conditions horribles de préméditation et de cruauté.

la-depeche

UNE TUERIE effroyable au village.
A coups de couteau, de hache et de fusil, une famille de six personnes est anéantie.

De notre correspondant particulier :
Agen, 10 février. – Comme un coup de foudre éclatait, aujourd’hui, vers midi, au hameau de Farges, situé aux environs de Moirax, la nouvelle qu’un crime effroyable venait d’être commis dans la maison occupée par la famille Dieulafait (sic).
Toute cette famille, au nombre de six personnes, affirmait-on, avait été massacrée à coups de couteau, de hache et de fusil ; la nouvelle n’était, hélas, que trop exacte.
[…]
Quel est le mobile du crime ?
D’ores et déjà il semble résulter que le crime a été commis par une ou plusieurs personnes connaissant bien les aîtres de la maison ; qu’il a été perpétré dans la nuit de lundi à mardi ; que le vol n’en as pas été le mobile. En effet, dans la maison, rien n’a été fouillé et toutes les clefs sont demeurées intactes sur les serrures. Nous avons essayé, pour notre part, de savoir s’il ne s’agissait pas d’une vengeance. Diverses personnes du pays que nous avons interrogées, nous ont déclaré que la famille Dieulafait jouissait de l’estime générale. C’étaient de petits rentiers, petits propriétaires, vivant modestement, peu communicatifs, ne demandant et ne devant rien à personne.
[…]
Le voile qui s’étend sur ces six dépouilles demeure, pour l’instant impénétrable aux yeux de tous. Demain parviendra t-il à le soulever ?
A. Carrière

Sources :

La Petite Gironde du jeudi 11 février 1932, à la page intérieure « Dernière heure » des services télégraphiques et téléphoniques spéciaux du journal.
La Dépêche du jeudi 11 février 1932.
La Une du journal est partagée entre la conférence internationale sur le désarmement qui se tient à Genève, le conflit sino-japonais à propos de Shanghai et l’annonce du crime.