1932

calendrier

L’affaire Delafet s’est déroulée en 1932.

Voici quelques événements marquants de cette année. Les dates en gras concernent la France.

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3-4 janvier : Arrestation en Inde par l’autorité anglaise de Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948) et Sardar Vallab Bhai Patel (1875-1950). Interdiction du parti du Congrès.

12 janvier : Démission de Pierre Laval, président du conseil.

12 janvier : Hattie W. Caraway devient la première femme élue au sénat des Etats-Unis d’Amérique.

25 janvier : L’Union soviétique signe un pacte de non-agression avec la Pologne.

28 janvier : le Japon occupe Shanghai.

2 février : Ouverture de la conférence générale sur le désarmement à Genève.

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2 février : Découverte au Mans du crime des sœurs Papin.

7 février : Signature à Oslo d’un accord de coopération économique entre la Belgique, les Pays-Bas et les pays scandinaves.

10 février : chute du cabinet Laval.

11 février : Le pape Pie XI reçoit Benito Mussolini au Vatican.

19 février : Paul Painlevé devient président du conseil.

25 février : Adolf Hitler obtient la nationalité allemande, ce qui lui permet de prétendre à la présidence de la république.

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16 février : Dépôt par Jean Mantelet, futur créateur de Moulinex, d’un brevet pour un moulin à presse-purée mécanique qui sera un immense succès.

1er mars : L’enfant de l’aviateur Charles Lindbergh est kidnappé.

9 mars : Irlande. Le parti Fianna Fail ayant gagné 72 sièges lors des élections législatives du 16 février, Eamon de Valera (1882-1975) prend la direction du gouvernement. Dès le 19 mars, il rompt le serment d’allégeance à la couronne britannique.

11 mars 1932 : Création d’un régime unique d’allocation familiale à partir du premier enfant par la généralisation du système existant et l’obligation faite à toutes les entreprises de s’affilier aux caisses de compensation.

18 mars : Début des négociations de paix entre le Japon et la Chine

21 mars 1932 : Première mise en service d’un autorail conçu par Michelin, sur la ligne Charleville-Givet (qu’on appellera bientôt « micheline »)

10 avril : Hindenburg est élu président de l’Allemagne

6 mai : Assassinat de Paul Doumer, président de la république, par Paul Gorguloff

8 mai : Les élections législatives marquent le recul des modérés qui soutenaient le cabinet Tardieu ; et la victoire du second cartel des gauches formé par le radical-socialiste Edouard Herriot et le socialiste Léon Blum.

10 mai : Albert Lebrun devient président de la république.

12 mai : L’enfant de Charles Lindbergh est retrouvé mort, malgré le paiement de la rançon demandée.

amelia20-21 mai : Cinq ans après Lindbergh, « Lady Lindy » (Amelia Earhart) devient la première femme aviatrice à traverser l’Atlantique en solitaire.

Nota : Cette photo provient du site officiel Amelia Earhart.

20 mai : Autriche. Prenant la suite de Karl Buresch, démissionnaire, Engelbert Dollfuss devient chancelier.

21 mai. Grèce. Le conflit chypriote contraint le premier ministre Eleftherios Venizelos à démissionner. Il sera remplacé le 25 par Andreas Papanastasiou

4-16 juin : coup d’Etat instaurant une éphémère république socialiste au Chili.

2 juillet : Le démocrate Franklin D. Roosevelt expose pour la première fois sa conception du « New Deal » pour lutter contre la crise économique de 1929.

5 juillet : Au Portugal, le fasciste Antonio de Oliveira Salazar devient premier ministre.

7 juillet : Le sous-marin Prométhée, en phase de test, coule au large de Cherbourg. Sur les 69 personnes embarquées, seuls 7 membres de l’équipage survivent au naufrage.

20 juillet : Allemagne. Depuis la percée du NSDAP aux élections du landtag de Prusse le 24 avril, la construction d’une majorité gouvernementale stable paraît impossible. Deux jours après que le président Hindenburg ait démis deux ministres sociaux-démocrates, le chancelier von Papen décrète la loi martiale.

28 juillet : A Washington, le président républicain Edgar Hoover ordonne à l’armée (dirigée par MacArthur) de disperser par la force les vétérans de la première guerre mondiale (« Bonus Army ») qui manifestent depuis juin.

31 juillet : Allemagne. Les élections législatives donnent 37% de voix au parti national-socialiste, qui devient ainsi le premier parti du Reichstag.

6 août : Inauguration du premier festival international du film à Venise (future « Mostra »). Le premier film projeté est « Dr. Jekyll et Mr Hyde », de Rouben Mamoulian. Le principal interprète Fredric March avait obtenu l’Oscar du meilleur acteur.

7 août : Publication De la psychologie paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, de Jacques Lacan.

30 août : Hermann Goering est élu président du Reichstag à Berlin.

4 septembre : Première journée de la conférence mondiale pour la paix.

9 septembre : La province de Catalogne obtient un statut d’autonomie au sein de la république espagnole (ratifié le 25 septembre)

12 septembre : Allemagne. Le chancelier von Papen dissout le Reichstag pour des élections en novembre.

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14 septembre : Exécution de Paul Gorguloff.

16 septembre : L’Allemagne quitte la conférence pour le désarmement.

28 septembre : Crise politique à Londres. Trois ministres libéraux démissionnent pour manifester leur désaccord avec la politique protectionniste instaurée depuis le 1er mars.

3 octobre : L’Irak est le premier pays indépendant arabe à entrer à la Société des Nations.

8 novembre : Herbert Hoover est largement battu par Franklin D. Roosevelt aux élections présidentielles des Etats-Unis.

29 novembre : Pacte de non-agression franco-soviétique.

11 décembre : Les vainqueurs de la première guerre mondiale reconnaissent dans une déclaration commune l’Allemagne à égalité de droits.

14 décembre : Chute du ministère Herriot, remplacé par Joseph Paul-Boncour, le 18.

25 décembre : Tremblement de terre dans la province de Kansu en Chine (70 000 morts)

29 décembre : Les ouvriers de l’URSS font l’objet de contrôles de plus en plus stricts, avec l’instauration d’un livret de travail (27 décembre) et d’un passeport intérieur.

1932, c’est aussi l’année de publication de Les deux sources de la morale et du droit, par Henri Bergson, du Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Celine, Le manifeste du théâtre dans la cruauté, d’Antonin Artaud.

Quelques-uns des nombreux films sortis cette année : Je suis un évadé (I Am a Fugitive from a Chain Gang), de Mervyn LeRoy (avec Paul Muni) ; L’Atlandide de Pabst, Tarzan l’homme singe de W. S. van Dyke (avec Johnny Weissmuller), Grand Hôtel d’Edmund Goulding, avec Greta Garbo et Joan Crawford, Venus Blonde, de Steinberg, avec Marlène Dietrich ; Scarface (Scarface : The Shame of a Nation) d’Howard Hawks…
Scarface est notamment l’un des films marquants de l’âge classique du film de gangster aux Etats-Unis. Pour en savoir plus sur ce thème, voir cet article de Jacques Portes

Et terminons par ces trois chefs-d’œuvre du cinéma fantastique :
Freaks, de Tod Browning (à voir ici )
La chasse du comte Zaroff (The most dangerous game),
d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel
Docteur Jekyll and Mister Hyde,
de R. Mamoulian.

Quelques secondes avec Hyde ?

En 1932, les chanteurs s’appellent Alibert, Jean Lumière, Henri Garat, Lucienne Boyer, Georges Milton, Damia, Dranem… Jean Gabin. L’un des plus grands succès de l’année est certainement

[audio:http://m.renneville.free.fr/wp-content/audio/couches.mp3]

Pour d’autres chansons, voir par exemple une compilation ici

Pour les comédies musicales, je cite ici Jacques Gana, fin connaisseur du genre et de cette époque, le plus gros succès de l’année dans le style « grand spectacle » est « L’Auberge du cheval blanc ». Dans le genre « lourd », « Le Pays du Sourire ». En descendant vers la Canebière, on doit compter avec la première opérette de Scotto « Au pays du Soleil » avec le fameux « J’ai rêvé d’une fleur » (à écouter ici ); mais les meilleures oeuvres de l’année sont pour Jacques Gana une comédie musicale filmée et une comédie théâtrale du même compositeur, Raoul Moretti : « Il est charmant », avec le célèbre « En parlant un peu de Paris » (à écouter ici ); et « Un soir de réveillon » (qui fut en réalité de loin le plus gros succès de… 1933, la pièce ayant débuté à Noël 32). Plus d’informations sur l’excellent site de Jacques Gana (pour 1932, c’est ici )

Terminons justement en film et en chanson  avec un fameux passage du film Venus blonde, durant lequel Marlène Dietrich chante « Hot Voodoo » (6 mn)


Nous prendrons connaissance du drame comme il y a 66 ans exactement, jour pour jour, par les journaux du 11 février.

Moirax

En direction de MoiraxL’affaire s’est déroulée sur le territoire de la commune de Moirax.

La commune de Moirax est située sur la frange nord-est des plateaux gascons, dans l’Agenais au sud-est du département de Lot-et-Garonne (note précédente ), à 8 km d’Agen et à 10 km de Laplume, le chef-lieu de canton. Le bourg et les principales habitations sont situés sur un tertre de la rive gauche de la Garonne. Le territoire communal est délimité au nord par une bande étroite de la plaine alluviale du fleuve, inondable, mais il s’étend pour l’essentiel sur les collines et les plateaux des coteaux de la Gascogne. Le sous-sol des plateaux est un calcaire perméable ; les terres sont peu propices à une mise en culture. Elles sont améliorées par l’irrigation et le drainage. Les terrains de cailloutis les plus pauvres sont plantés de vignes et de vergers.

Approche de MoiraxLe climat est de type océanique (« Aquitanien » atténué), avec des vents dominants d’ouest tempérés et humides. L’influence méditerranéenne est portée par les vents d’Autan (secs et chauds). Le printemps est précoce, l’été chaud et sec, orageux parfois ; l’automne ensoleillé et l’hiver, doux et humide. La végétation est constituée pour partie de pelouses sèches sur les pentes calcaires ensoleillées. Il y a aussi une flore spécifique dans les vallons humides parcourus par les ruisseaux de Brimont et de la Jorle. Bois et sous-bois sont nombreux et dans les années 30, le territoire haut était beaucoup plus boisé que de nos jours. L’agriculture traditionnelle pratiquée sur des petites structures (inférieures à 10 ha) est depuis quelques années en net recul, de même que les cultures destinées à une consommation familiale.
Voici maintenant quelques éléments de démographie :

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Source : Etude démographique de Lot-et-Garonne, Conseil général 47, Centre de documentation, 1995.

Si la population a été en lente décroissance jusqu’au début des années 60, atteignant alors un étiage de 346 habitants, elle est en sensible augmentation depuis cette date, bénéficiant d’une tendance qui touche toutes les communes de la périphérie d’Agen. On comptait 476 moiracais et moiracaises en 1975, 583 en 1983 et plus d’un millier depuis 2000. L’habitat a évolué pour répondre à cette nouvelle tendance démographique, ajoutant aux fermes et aux maisons anciennes des lotissements et des hameaux rassemblant des pavillons individuels.

Le village de Moirax est surtout remarquable pour l’état de conservation de son prieuré clunisien, qui est superbe témoin de l’art roman en Agenais. Un mot d’histoire donc.

Les premiers habitants ?

La plus ancienne présence humaine est attestée par la « Peyrigne » à La motte de Lécussan. Cette voie romaine traversait Moirax et La Romieu pour relier Saint-Bertrand de Comminges. La Garonne était alors traversée par un gué. Ce point de passage entre Guyenne et Gascogne était gardé par la « Cassagne » à Boé (côté Guyenne) et le fief de Lécussan (côté Gascogne).

Les débuts du christianisme dans l’Agenais

Saint-Vincent prêcha l’Evangile en Agenais vers l’an 250. Il fut martyrisé dans une émeute. L’Evêque de Toulouse (Saint-Honorat) envoya alors dans l’Agenais Saint-Firmin. Saint-Maurin aurait également prêché. L’abbaye qui porte son nom aurait été érigée sur le lieu de son martyr.
On attribue également à Darien, gouverneur de l’Aquitaine sous le règne de l’empereur Dioclétien (287-290) la mise au bûcher de la « jeune et belle vierge » Sainte Foy, devenue patronne des Agenais, tout comme Saint-Caprais, martyrisé lui aussi.

Source : J-F Samazeuilh, Histoire de l’Agenais, du Condomois et du Bazadais, tome 1, Auch, Imprimerie J. Foix, 1846, p. 39

arriere.1202338548.jpg Brève histoire du prieuré

On ne peut affirmer avec certitude l’existence d’un habitat sédentaire à Moirax durant le haut moyen age et ce, jusqu’à ce qu’un castel soit édifié sur le coteau, à la fin du IXe siècle. Le modeste village de Moirax fait alors partie du vicomté du Brulhois, au sein du puissant duché de Gascogne et d’Aquitaine. C’est la partition de l’héritage d’Amault Odon vicomte de Gascogne (dit aussi Arnaud 1er , de Lomagne-Gascogne, d’après P. Gibert, 1984, t. 1, p. 15), qui a scellé la naissance de la seigneurie de Moirax.
La fondation du prieuré fut provoquée, comme c’est souvent le cas, par un seigneur laïc appartenant à une famille aristocratique importante, dans le mouvement de la paix de Dieu. L’héritier de la seigneurie, Guillaume Arnaud et son fils Pierre (qui avait accompli son noviciat à Cluny) donnèrent en effet l’église, la villa, la paroisse de Moirax et d’autres biens immobiliers à l’abbaye de Cluny.

A la fondation du prieuré, Moirax était compris dans l’un des cinq archidiaconés du diocèse d’Agen, qui s’étendait d’Auvillars à Condom et Nérac. La charte de fondation du prieuré date de 1049. Cette année-là, Odilon, grand prieur de Cluny, décéda, et fut remplacé par Hugues de Semur, qui avait vingt ans. L’abbatiat de Hugues de Semur (1049-1109) fut marqué par une grande expansion de l’ordre clunisien. Jusqu’ici confiné à la Bourgogne, celui-ci essaima dans le sud-ouest et l’Espagne. Les prieurés étaient consacrés à la prière, à l’étude et au travail selon la règle de saint Benoît. Ils furent aussi des foyers intellectuels et artistiques, contribuant à l’essor des campagnes par le développement économique et social qu’ils apportaient. La fondation du prieuré de Moirax témoigne de cet élan en ce qu’elle fut l’une des premières successions gasconnes au milieu du XIe siècle. Hugues accepta en effet cette donation, ainsi que Bernard, évêque d’Agen ; et le premier voyage du nouvel abbé de Cluny fut pour la moyenne Garonne où il procéda à la fondation du monastère de Moirax. Pierre, fils du donateur, fut investi du priorat et la construction des bâtiments débuta peu après, probablement entre 1050 et 1055.
Celle-ci dura jusqu’en 1140 et connut plusieurs arrêts. La paix de Dieu connut en effet bien des vicissitudes car le legs fut contesté par trois membres de la famille. Dans la première décennie du XIIe siècle notamment, Pierre II, vicomte de Gabarret pilla et dévasta les possessions du prieuré. Il retint Pierre en prison. L’évêque d’Agen dut intervenir pour une transaction officielle. Peu de temps après, il y eut de nouveau des pillages, le prieur s’enfuit et fit envoyer à Cluny le trésor du prieuré. L’abbé Pons de Mergueil chercha à rétablir le calme et fit donner le trésor de Moirax à Pierre II. La conciliation fut scellée en 1115, en présence de Gausbert, évêque d’Agen.

En 1285, les bâtiments du prieuré étaient en mauvais état, le cloître réduit à l’état de ruines. Les ressources étaient pourtant abondantes puisque Moirax fit partie des 13 établissements taxés annuellement par l’abbé de Cluny, à partir de 1291. Le pape Boniface VII autorisa le prieuré à porter le titre de doyenné. Il n’y eut plus alors de communauté de moines. La situation ne s’améliora guère au XIVe siècle et au tournant du XVe, elle paraissait sans renaissance possible (le doyen commendataire fut excommunié en 1396 et en 1402, d’après P. Gibert, 1984, t. 1, p. 75). Les guerres de religion apportèrent leur lot de malheur. Moirax fut dévastée par Montgomery en 1569 et touchée de nouveau par une attaque du roi de Navarre en 1585. La commune fut encore affaiblie par la peste, en 1628. C’est seulement au mitan du XVIIe siècle que l’on voit les premiers signes de retour à la prospérité, dans la dynamique de la réforme de l’ordre clunisien. Il y eut un concordat en 1687 entre le doyen commendataire et la communauté de moines. Les bâtiments conventuels furent restaurés de 1701 à 1705, ce qui marqua le second âge d’or du prieuré de Moirax. L’aile sud du prieuré fut reconstruite au XVIIIe siècle.

La Révolution marqua le coup d’arrêt définitif de la vocation conventuelle des lieux. Les archives du prieuré furent brûlées en 1792, les bâtiments conventuels vendus en l’an II. Le prieuré devint l’église paroissiale Notre-Dame. Après d’importantes réparations en 1835, l’église fut classée monument historique en 1842. La première restauration d’ensemble débuta sous le ministère de l’abbé Serret (1870-1890).

L’église Notre-Dame de Moirax

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« Les partis généraux de l’église de Moirax sont bien connus : grande façade composée, très reprise au siècle dernier ; nef basilicale de six travées à vaisseau central aveugle voûté d’un berceau brisé et à collatéraux voûtés d’arêtes en blocage ; transept haut et saillant, très régulier en plan, mais voûté d’ogives à lierne et à tiercerons ; chevet à trois éléments non adjacents, initialement séparés par d’étroits réduits en relation avec le transept et la travée de chœur ; cette dernière enfin, célèbre pour sa coiffe conique »

Philippe Gibert, Recherches sur la sculpture romane dans le sud de l’Agenais : Notre-Dame de Moirax…, t. 1, p. 86.

Riche d’un décor sculpté de 162 chapiteaux (dont 132 de style roman), l’église Notre-Dame porte les traces de son histoire. Les trois grandes périodes de construction se lisent sur le bâtiment dans une progression d’est en ouest. La nef et les quatre premières travées (piliers à noyau circulaire) forme la partie la plus ancienne de l’église (1050-1080). Le transept et les deux dernières travées (piliers à noyau octogonal) sont attribuables à la deuxième période de construction (1080-1100). Le chœur date, lui, du XIIe siècle. On peut encore admirer, à l’intérieur, des stalles boiseries du XVIIe siècle réalisées par le sculpteur Jean Tournier de Gourdon.

Voici pour terminer l’analyse des sculptures, par Philippe Gibert, qui a mené une recherche historique sur Notre-Dame-de-Moirax : « C’est à un éventail de source extrêmement large que l’on est conduit à se référer lorsque l’on examine les reliefs de Moirax. En effet, il est peu de domaines artistiques de l’Antiquité et du haut Moyen Age qui ne trouvent un écho dans la sculpture de la priorale.
Ces influences peuvent parfois se manifester directement, mais le plus souvent c’est au travers des arts du XIe siècle qu’elles le font. Dans ce domaine, le rôle joué par certains des grands ateliers de sculpture que l’on connaît pour les trois premiers quarts du siècle, est fondamental. C’est dans ces grands foyers qu’ont été élaborés les principes qui dès le dernier quart du XIe siècle se fondent pour constituer la base d’un répertoire général des formes et des techniques de la sculpture romane. A Moirax, l’influence des ateliers ligériens, poitevins, bourguignons, est ainsi omniprésente.
Parfois, comme dans le cas du sculpteur D, de l’auteur du chapiteau 124 et, plus tard, de celui de la corbeille 135, l’origine de l’artiste peut être définie avec précision. Venant de Poitiers, le sculpteur D intensifie, à la fin du XIe siècle, des relations artistiques déjà ancienne entre Moirax et les pays de l’Ouest. De son côté, le sculpteur du chapiteau 124 se présente aux alentours de 1100, comme l’ambassadeur de la sculpture de Moissac, dont l’influence, jusqu’alors extrêmement diffuse, n’a cependant pas le loisir de se manifester vraiment du fait de l’avancement du décor sculpté de Moirax et de l’arrêt brutal du chantier dans les premières années du XIIe siècle.
Enfin plus tard, dans le second quart du XIIe siècle, c’est de Layrac que viennent deux sculpteurs chargés de réaliser les derniers chapiteaux de l’église de Moirax. Et l’un d’eux, habitué des fins de chantiers, fige dans les hauteurs de la nef un peu de l’esprit de la dernière sculpture de Sainte-Foy de Conques »
(P. Gibert, ibid., t. 2, pp. 632-634)

Principale source pour le prieuré : Philippe Gibert, Recherches sur la sculpture romane dans le sud de l’Agenais : Notre-Dame de Moirax, thèse de doctorat de IIIe cycle d’histoire de l’art et d’archéologie sous la direction de M. J. Gardeilles, Bordeaux, 3 tomes, 1984.
Archives départementales de Lot-et-Garonne, cote [AA 867]

Voir également en ligne, le site de la commune de Moirax (ici )

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Ouverture

ouvertureCette rubrique est le journal d’enquête historique sur une affaire criminelle qui s’est déroulée en 1932.

Cette affaire a été portée à ma connaissance au début de l’année 2003. On m’invitait alors à y travailler mais j’ai différé quelque temps le moment d’en prendre connaissance avec précision. Au vrai, le sujet m’a d’abord rebuté ; et je ne l’ai définitivement accepté que lorsque j’ai compris que je m’y trouvais impliqué, humainement, sans retour possible à ce détachement froid qui fait si souvent la posture savante du chercheur en « sciences humaines ». Une certitude s’est alors très vite dégagée : si le fil directeur de l’enquête serait bien l’affaire criminelle, celle-ci serait guidée par l’intention de ne pas être réduite au seul fait divers. Le crime serait prétexte à évoquer les éléments d’un milieu, d’une époque, des bribes de traditions et quelques traces d’un quotidien oublié.

Les difficultés rencontrées dans cette recherche m’ont incité à tenir un journal de notes. Celui-ci a été ouvert le 13 novembre 2005. N’ayant guère de compétences pour l’ego-histoire, je l’ai depuis alimenté en dilettante. Il consigne quelques moments intenses encadrés par de longs temps morts. Ce maigre journal me semblait avoir un intérêt pour consigner l’état du projet, mais aussi pour conserver la trace de l’évolution de mon rapport au sujet. Il n’était qu’un outil de travail parmi d’autres, appeler à disparaître. Et puis, cette affaire, j’en parlais ici et là, à des amis, des collègues (historiens, pénitentiaires, magistrats, psychiatres…) ou des personnes ayant une connaissance plus ou moins directe des faits. Je ne saurais trop dire ici combien je dois à ces dernières, en terme d’accueil et de générosité. Rencontrant des impasses, avançant très lentement, j’étais pris par la tentation cyclique d’abandonner. Le journal d’abord, pour lequel je n’avais aucune appétence. L’enquête ensuite, parce qu’il manque au dossier des pièces essentielles. Peut-être aussi pour d’autres raisons (je n’ai pas obligation ici de tout écrire) et ce, jusqu’à très récemment.

Si je me suis lancé assez tôt dans l’aventure du web en ouvrant un site dès 1999, j’ai longtemps confondu les blogs avec des journaux intimes ouverts sans pudeur à tous les commentaires. C’était là une courte vue. Leur récent développement démontre qu’ils peuvent aussi être des tribunes, des lieux d’expressions sur l’actualité, des espaces de dialogue. Quelques exemples proches de mes centres d’intérêts ont achevé de me convaincre, notamment :
Anthropologie politique de la santé mentale , de Samuel Lézé
Journal d’un avocat , de maître Eolas
Chroniques judiciaires , de Pascale Robert-Diard
Justice au singulier , de Philippe Bilger

Et me voilà, après bien des réticences, prêt à tenter l’expérience…
L’ouverture de ce blog m’est apparue comme un moyen possible de partager cette recherche inaboutie, à travers ses méandres et ses questions, ses joies et ses déceptions. Il sera aussi, je l’espère, un moyen de la « tenir » jusqu’au bout et d’échanger sur le sujet avec toute personne intéressée, avant même la restitution finale. Peut-être ces échanges permettront-ils d’ailleurs de l’infléchir.

La rubrique sera close en même temps que sa quête, lorsque celle-ci sera résolue dans un récit.

Prochaines notes, pour entrer dans le vif du sujet : le lieu, la date, l’événement.

NOTA : Cette rubrique a d’abord été éditée en 2008 sous la forme d’un blog dédié (à l’adresse « renneville.blog.lemonde.fr ») . La date originale des billets a été reprise ici. Ce blog dédié a été fermé, faute de nouvelles, le 3 mai 2010.

Itinéraire d’une utopie : une exposition sur les bagnes

Le musée Ernest Cognacq de Saint-Martin-de-Ré a rouvert ses portes en septembre 2006 avec une exposition sur l’histoire des bagnes intitulée « Itinéraire d’un utopie ».

expobagne2007-1Présentation officielle de l’exposition :

Après la fermeture des bagnes portuaires de Toulon, Brest et Rochefort, le gouvernement français décide d’ouvrir des bagnes coloniaux en Guyane, de 1852 à 1938, et en Nouvelle-Calédonie, de 1867 à 1897. Cette nouvelle politique répond à deux utopies de l’époque : le développement colonial et l’élimination de la métropole des indésirables qui pourront par ailleurs bénéficier du salut par le travail. À partir de 1873, Saint-Martin-de-Ré devient l’antichambre de ces bagnes, là où les condamnés attendent d’être expédiés outre-atlantique.

expobagne2007-3La muséographie très moderne de l’exposition fait du visiteur non seulement un observateur mais également un témoin voire un acteur virtuel de l’histoire ici racontée. Et pour mieux l’immerger dans la réalité de ce passé, l’image et le son sont très présents : des films d’archives inédits, des extraits de reportages radiophoniques, des photos, des bruits et des ambiances sonores restituent une part de l’environnement politique, culturel et social de cette période.
Le caractère inédit des images et des films présentés, le choix d’un musée tourné vers les nouvelles technologies font que cette exposition jette un nouveau regard sur l’histoire pénitentiaire française.
Il ne s’agit pas de faire revivre le drame de ce pan de l’Histoire nationale mais de dégager de la visite des outils pour s’interroger et pour débattre.

Cette exposition est visible jusqu’en septembre 2007. Pour toute information complémentaire concernant l’accès au musée et les animations autour de cette exposition, voir le site du musée.

Mon avis : à ne pas manquer si vous passez sur l’île !

expobagne2007-2Dans le cadre de cette exposition, le Musée Ernest Cognacq de Saint-Martin-de-Ré organise jusqu’en septembre 2007 une série de conférences et de projections :
28 mars 2007, à 19h : « Un Communard en Nouvelle-Calédonie »
par Anne-Laure Jamouillié, historienne. Projection du documentaire « Nouvelle-Calédonie, colonie pénitentiaire ».

20 avril 2007 : « Sud-Ouest porte des Outre-mers » : des zoos humains aux présences actuelles des Suds »
par Pascal Blanchard, historien. Projection du documentaire « Zoos humains ».

16 mai 2007 : « Femmes bagnardes »
par Odile Krakovitch, conservatrice et historienne.

28 mai 2007 : « Les ombres du bagne »
La projection du film sera suivie d’une discussion avec les réalisateurs du film (sous réserve)

15 juin 2007 : « Dreyfus au bagne »
par Vincent Duclert, historien.

15 septembre 2007 : « La fin du bagne »
par Danielle Donet-Vincent, historienne.

26 septembre 2007 : « Les prêtres réfractaires au bagne sous la Révolution »
par Céline Ronsseray, historienne.

Musée Ernest Cognacq
13, Avenue Victor Bouthillier
17410 Saint-Martin-de-Ré
tel : 05-46-09-21-22

Cette exposition étant terminée, vous pouvez en visiter une autre, permanente et en ligne, réalisée par l’Association Meki Wi Libi Na Wan (Vivons ensemble).


icone_expo_2_150Réalisé en collaboration avec Criminocorpus, cette exposition propose un parcours virtuel du camp de la relégation de Saint-Jean-du-Maroni. Elle comprend de nombreuses photos des lieux ainsi que des documents issus du Service des Archives départementales de Guyane, des collections du Musée Balaguier de la Seyne-sur-Mer et de collections privées (Franck Sénateur – Association Fatalitas, Louis Roure).

Visiter l’expo en ligne

Bonjour

Ce site a été ouvert en 1998.

Il était alors destiné à présenter mes travaux et, plus encore, à servir de support aux cours que je dispensais à l’Université Paris 8 Vincennes à Saint-Denis, et à l’UF d’ethnologie de Paris 7. Mes premiers pas en informatique remontent au ZX81 puis, pendant mes études, un PC 8088 avec le mythique DOS 3.3 (bôf, je pouvais déjà comparer avec les profs avancés, qui possédaient des Mac !) et, très tôt, l’accès au courrier électronique, grâce au support du CCR (centre de calcul et de recherches) de Jussieu, où j’étais étudiant.

Cette première version du site proposait des plans de cours, des documents sources (retranscrits ou en mode image), des exemples de (bons) travaux d’étudiants (résumés, fiches de lecture…)  et des outils destinés à faire découvrir aux étudiants de licence de Paris 8 les ressources du web appliqués à l’histoire (recherche et enseignement).

Le site était basé sur un modèle libre de droit « mesHead ». L’original révisé (version 2002) de ce modèle graphique est toujours visible ici. L’adaptation avait été réalisée par mes soins avec le Composer de la défunte suite Netscape et des touches de CodExpert, abandonné depuis lui aussi.

Le site ressemblait à cela :

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L’arrêt de l’enseignement « Atelier web » rendit ce site moins utile. Entre-temps, j’avais ouvert le premier site de la Société française pour l’histoire des sciences de l’Homme (sur le serveur multimania) puis les pages, temporaires, du département « Recherche » de l’École nationale d’administration pénitentiaire. Tout ceci en HTML « dur ».

En 2005, le lancement de Criminocorpus sous la direction technique du CRHST (Centre A. Koyré) m’incitait à maîtriser l’administration du CMS SPIP. Quelle évolution ! Passer du code à une interface graphique proche d’un traitement de texte… Je décidais peu après de l’appliquer à mon site personnel. La transition entre le code initial et le SPIP étant très laborieuse, beaucoup de pages ont été perdues entre la V1 et la V2 du site !  De cette V2 SPIP, je n’ai conservé que le bandeau :

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En 2006, j’ouvrais également un blog sur Lemonde.fr, afin d’expérimenter la possibilité d’alimenter un « carnet de recherche » en ligne, consacré à une étude en cours sur une affaire criminelle : l’affaire Delafet. En voici le bandeau :

blog

Première expérience sur un WordPress bridé mais opérationnel. Le temps et les circonstances se sont chargés de réduire l’ambition initiale : après quelques articles, mon essai de récit hypermédia s’est très vite trouvé à un point mort, lié à l’impossibilité de consulter certaines archives. Début 2011, cette étape n’était toujours pas dépassée. L’actualité de ce carnet/récit est littéralement, depuis 2007, une page vide… Je l’ai fermé en 2009 et intégré sur ce site dans le cadre d’une rubrique (Affaire Delafet)

Dans le même temps, l’équipe de Revues.org préparait une prestation de « carnets » scientifiques à grande échelle qui allait donner naissance à la plateforme « hypotheses.org ».

A l’automne 2008, j’ouvrais pour le compte du portail Criminocorpus un « carnet de recherche » dont la fonction était plutôt de proposer des billets sur l’actualité du domaine. Cette solution était portée par WordPress, que j’ai pu ainsi comparé à SPIP, pendant plusieurs mois.

En 2009, j’ai basculé ce site personnel de SPIP en WORDPRESS en adaptant un squelette libre de droit (Simple Scheme Mag) avec l’aide de Camille Lazare.

J’espère que la version actuelle durera… le plus longtemps possible.

MERCI POUR VOTRE VISITE !