Carnet 2. 2004

Septembre-octobre 2004

Nous nous rendons régulièrement avec mon collègue Philippe Poisson aux Archives départementales de Lot-et-Garonne pour effectuer une recherche sur l’histoire des prisons d’Agen. Ceci dans le but d’enrichir les cours d’histoire pénitentiaire que nous donnons à l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire. Des exemples concrets sont toujours utiles pour comprendre le sens général de l’histoire des peines, tant il existe une distance souvent grande entre les lois et leur application… Nous consultons aux archives les fonds des établissements pénitentiaires (série Y) et découvrons l’existence et l’intérêt de nombreux dossiers relatifs à la maison centrale d’Eysses, à sa colonie correctionnelle et aux prisons d’Agen. Au fil de ces séances de dépouillement, nous imaginons de créer en collaboration avec le service des archives un bulletin d’une douzaine de pages ayant pour objectif d’explorer l’histoire judiciaire et pénitentiaire du département en mettant en valeur ses ressources archivistiques (4 numéros verront le jour. Ils sont en ligne ici)

Parmi les thèmes possibles, je songe à l’affaire Delafet. Elle trouverait là sa juste place dans l’histoire locale.

Novembre 2004

Direction les archives départementales, pour vérifier l’existence des sources disponibles sur l’affaire. Toute enquête historique de ce type débute par la consultation des outils de recherche, puis des inventaires de sources. Le premier ouvrage à consulter en la matière est le Guide des archives judiciaires et pénitentiaires, réalisé par Jean-Claude Farcy et édité par le CNRS en 1992. Ce guide comprend un panorama de l’historiographie, une description raisonnée des institutions judiciaires et pénitentiaires, la liste des différents documents que l’on peut trouver dans les fonds d’archives et l’inventaire des fonds d’archives nationaux et départementaux (on peut consulter l’ouvrage en ligne sur le site criminocorpus, ici ). Voir aussi, du même auteur, les sources judiciaires de l’histoire contemporaine, ici ).

Rappelons simplement ici que les archives départementales possèdent une unité de classement interdépartementale en série alphabétique qui facilite grandement les recherches. C’est ainsi que les archives antérieures à 1790 font l’objet des série A à I. La série « A » est consacrée aux actes du pouvoir souverain et du domaine public, la série « B » aux Cours et juridictions etc. Les archives dites « modernes » (de 1789 à 1940) sont classées comme suit :
K. Lois, ordonnances et arrêts
L. Documents relatifs aux administrations de département, de district et de canton (1790-1800)
M. Administration générale et économie
N. Administration et comptabilité départementale
O. Administration et comptabilité communales
P. Finances et cadastres
Q. Domaines, enregistrement, hypothèques
R. Affaires militaires et organismes de temps de guerre
S. Travaux publics et transports
T. Enseignement, affaires culturelles, sports
U. Justice
V. Cultes
X. Assistance et prévoyance sociale
Y. Etablissements pénitentiaires
Z. Sous-préfectures

Tous les documents postérieurs de la période contemporaine (après le 10 juillet 1940) sont regroupés en une unique série « W ».

Si l’accès aux archives départementales est libre, tout dossier n’est pas librement communicable. Les délais de communicabilité des archives privées sont laissés à la discrétion de leur propriétaire. Les délais de libre communicabilité des archives publiques sont fixés par la loi (Code du patrimoine, articles L. 213-1 à 8 ) ainsi que par la loi 78-753 modifiée portant diverses mesures d’amélioration des relations entre les administrations et le public et la loi 2000-321 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations.
Pour obtenir l’autorisation de consulter des documents non librement communicables, il faut faire une demande de dérogation, instruite par les archives départementales et signée par le ministre de la Culture.
Les délais de non communicabilité varient selon la nature des informations contenues dans les documents. A titre d’exemple, un dossier comprenant des données individuelles à caractère médical ne devient librement communicable qu’à partir de… 150 ans après la date de naissance de l’intéressé. Pour les dossiers de personnels, c’est 120. Pour les dossiers judiciaires, 100 ans ; etc. Ces délais visent à préserver la vie privée des personnes en ne permettant pas de consulter trop tôt les données confidentielles de tiers. Ils visent aussi dans certains cas à préserver la sûreté de l’Etat et la défense nationale… Les recherches historiques étant fortement dépendantes de l’existence et de l’accessibilité des sources, certains thèmes d’histoire contemporaine touchant à des enjeux de mémoire nationale peuvent être source de conflits sur la bonne marche à suivre (lire ici à titre d’exemple un entretien avec l’historien Jean-Luc Einaudi, à propos des événements tragiques liés au couvre-feu sélectif instauré à Paris le 17 octobre 1961)

Pour enquêter sur une affaire criminelle dans une perspective d’histoire judiciaire, la source à privilégier est évidemment d’ordre… judiciaire. Le travail de l’historien est ici étroitement dépendant du travail du juge et de l’archiviste. Première série à consulter, c’est dans la série « U » que l’on peut retrouver le jugement et surtout, le dossier de procédure, dont le nombre de pièces écrites est souvent proportionnel à l’importance de l’affaire. Ce dossier permet en effet de suivre l’activité du juge d’instruction. Les procès-verbaux d’interrogatoire donnent accès à la parole du coupable, mais aussi des éventuels témoins, des victimes survivantes ou tout simplement de la famille, de l’entourage. Le déroulé du procès n’étant pas consigné par écrit, on peut, s’il s’agit d’une affaire importante, retrouver les débats consignés dans la presse judiciaire ou locale. Mon premier réflexe a donc été de consulter l’inventaire de la série « U », pour retrouver la trace du dossier judiciaire de Delafet…

Réussir une recherche suppose de la méthode mais aussi un peu de chance. Cette dernière ne fut pas tout de suite au rendez-vous. La série U des archives de Lot-et-Garonne ne contient pas le dossier de l’affaire Delafet… Très mauvaise nouvelle ! Je vérifie l’inventaire. Questionne les archivistes. Aucun espoir. L’inventaire est complet. C’est bien le fonds qui est lacunaire. Mon sujet s’éloigne une nouvelle fois. Sans sources, pas de sujet possible pour notre bulletin, à moins de se contenter d’un travail sur la presse, ce que je n’envisage pas.

Ne semblait rester en fin de journée que la piste le mystérieux dossier d’archive privée…

A propos des archives départementales de Lot-et-Garonne

Elles sont – dans l’attente d’un déménagement programmé – réparties sur deux sites, avec deux salles de travail. Le site du Conseil général (ancien hôpital Saint-Jacques) abrite les collections relatives à la période contemporaine, tandis que le site situé place Verdun contient les fonds anciens et propose à la consultation tous les instruments utiles (inventaires, ouvrages de référence…) pour débuter une recherche. Les Archives départementales de Lot-et-Garonne propose un site web très riche (ici )

Archives départementales de Lot et Garonne

Le bâtiment du site de la place Verdun a été spécifiquement conçu pour accueillir des archives. Jusqu’en 1904, ces dernières étaient entreposées dans les combles de la préfecture. L’incendie de celle-ci, le 21 octobre 1904, décida la construction d’un bâtiment exclusivement dédié au service des archives départementales. L’édifice fut conçu par l’architecte Albert Courau dans un style néo-classique. Il a été réalisé avec des technologies alors modernes (fonte, béton armé) mais cette modernité est masquée par une façade traitée de manière traditionnelle avec une alternance de briques et lits de pierres. A l’intérieur, les poutrelles servent de montants aux rayonnages sont en fonte ajourée… ce qui ne facilitera pas la reconversion des lieux.

Agen possède d’autres réalisations d’Albert Courau (l’hôtel des postes par exemple).

On peut prolonger cette note par une visite virtuelle sur le thème de l’architecture agenaise, en consultant en ligne une série de clichés pris pendant la première moitié du 20e siècle. Ces vues (les originaux sont des plaques de verre) sont accessibles à partir de la page de l’inventaire du fonds sur le site des archives départementales (ici )

Carnet 1. 2003

Janvier 2003

Le président de la Société académique du Lot-et-Garonne me contacte par téléphone pour me suggérer, en ma qualité de spécialiste de ces questions ( ?), de travailler sur une cause criminelle célèbre qui a défrayé la chronique régionale. Il m’indique également une piste à suivre : il s’agirait de prendre contact avec le fils de l’avocat commis d’office, qui posséderait un dossier…
Je suis très honoré par cet appel et je remercie mon interlocuteur en prenant les coordonnées de cet informateur potentiel… mais je reste, téléphone raccroché, dubitatif. Je n’ai rien demandé, pourquoi donc s’adresser ainsi directement à moi, qui ne suis même pas de la région ? Je ne suis pas non plus un spécialiste de l’histoire des faits divers, je pensais même avoir été assez vigilant pour m’en tenir jusqu’ici à une distance respectable. Le temps est loin où – gamin – j’écoutais à la radio les chroniques criminelles de Pierre Bellemare. Rien ne m’attire dans la mise en scène du crime. Je me demande un moment s’il n’y a pas erreur sur la personne… Non, cette hypothèse ne tient pas.
Il me faudrait en plus entrer en contact avec un mystérieux informateur qui posséderait un dossier ? Cela me paraît bien étrange, avec un parfum de film d’espionnage de série B. Il faut dire que je travaille essentiellement sur des sources de papier. Avec des morts donc. Et je peux avouer aussi que cela me repose de la folie d’un monde contemporain qui me paraît si souvent inintelligible. L’histoire est à la fois pour moi une tentative de compréhension et une pratique d’évasion. Pourquoi devrai-je quitter la rive tranquille des sources inertes pour aller à la rencontre d’informateurs, bien vivants eux ? Une telle démarche me parait incongrue, déplacée. Je conserve à tout hasard le bout de feuille sur lequel j’ai griffonné l’essentiel sur l’affaire : « Delafet, 1932, famille massacrée. Article de M. Moutou dans la Revue de l’Agenais, 1991 » . Par égard pour mon interlocuteur, je jetterai un jour un coup d’œil là-dessus. Rien ne presse, ce n’est pas un dossier pour moi.

Février 2003

Une collègue travaillant sur la colonie correctionnelle d’Eysses me rapporte une copie de l’article paru sur l’affaire Delafet. Je la remercie pour cette attention. Ce n’était pas vraiment une urgence, mais puisque j’ai maintenant le texte, je n’ai plus qu’à le lire… ce que je fais quelques jours plus tard, pendant mes vacances. L’article expose l’essentiel de l’affaire du point de vue descriptif. L’avocat Jean Moutou y relate précisément (sans citer ses sources) le déroulé du sextuple assassinat, du procès et l’exécution de la peine. Il livre quelques éléments de biographie sur l’assassin, agriculteur, un temps ouvrier, marié deux fois, service militaire à Beyrouth. Des victimes, on ne connaît que l’état-civil, rien de plus, comme si souvent en la matière. Je découvre aussi rapportée cette parole de Delafet, qui aurait tué « pour être le maître ». Le « maître » ! N’est-ce pas cette volonté de puissance qui fait la folie du monde ? Le « maître » de quoi au juste ? Voilà un propos qui me rend l’individu d’emblée antipathique. Massacrer sa famille, femme, grand-mère, grand-oncle, mère et enfants, est-ce là une idée ? Mes lectures de criminologie me laissait présumer un Sud et ses campagnes plus brutales que le Nord et les villes. Le massacre perpétré par Delafet pourrait en être une illustration parmi d’autres. Eh, bien, cela est mince, mais cela me suffira. Crime archaïque, presque atavique, comme dirait Cesare Lombroso… Ah certes, je ne suis pas lombrosien, mais je ne suis pas non plus criminologue. Un expert psychiatre s’interrogerait peut-être sur les mobiles ou la personnalité du coupable, mais à quoi bon chercher plus loin que cette première inscription dans une ruralité qui m’est étrangère, quasi exotique ? En ma qualité d’urbain pacifique et de « père de famille », je n’ai nul intention d’être souillé par la fréquentation, si brève soit-elle, de ce sinistre personnage. « Etait-il un monstre ? » s’interroge Jean Moutou, qui conclut ainsi : « Pierre Delafet a tué, emportant son secret dans sa tombe et personne ne saura jamais pourquoi le paisible agriculteur de Moirax est devenu par une nuit glaciale de février 1933 (sic : c’est en fait 1932) l’un des plus sanguinaires criminels des annales judiciaires ».

Je sais bien que la figure du monstre criminel est une construction sociale. Mais le masque ici ne peut tomber puisque l’assassin n’a rien dit, ou si peu. Aucun rapport avec cet autre parricide, le célèbre Pierre Rivière, qui eut au moins la délicatesse de produire un mémoire autobiographique dont les historiens firent leur miel. Ici, tout me paraît médiocre, lamentable, raté. Il y a comme une disproportion entre l’effroyable corps du délit – une famille massacrée – et cette parole d’assassin si rare, sèche et vaniteuse. Pierre Rivière, lui, avait rédigé en 1835 un texte dont la retranscription tient en 70 pages pour expliquer le meurtre de sa mère, sa sœur et son frère. Pour espérer s’élever au niveau historiographique de Pierre Rivière, Delafet aurait du, un siècle plus tard, rédiger un volume complet de ses mémoires.

Ayant maintenant une connaissance plus précise des circonstances du crime, j’en suis comme soulagé. Ce n’était donc que cela ? Une affaire classée donc, et c’est très bien ainsi. Les faits sont établis, le coupable est connu. Il n’a pas tenté de se défendre en protestant de son innocence. Il s’est tu. Que dire de plus ? Cette affaire m’apparaît tout au plus comme un fait divers marquant d’histoire locale. Anecdotique.
Je n’ai plus qu’à refermer sereinement le dossier à peine entrouvert, plongé que je suis dans la relecture des épreuves de Crime et Folie.

Une longue année s’écoulera sans que Delafet ne revienne frapper à ma porte.

Le coupable

Dans cette affaire, le voile est très vite levé sur l’identité de l’assassin.

delafetAverti par télégramme du malheur qui frappait sa famille, Pierre Delafet est arrivé sur les lieux. A la vue des victimes, il ne manifeste aucune émotion. Sa main droite présente une estafilade pour laquelle il donne deux explications différentes. Il est placé en fin de journée en garde à vue pour plus ample information. C’est au petit matin de cette première nuit que Delafet avoue être l’auteur du massacre. Il a ainsi tué dans la nuit, dans l’ordre, avec une hachette, sa femme (30 ans), avec un couteau de cuisine, sa grand-mère (78 ans) puis son oncle (69 ans), puis sa mère (52 ans), sa fille (8 ans) au fusil, et son bébé de 4 mois d’un coup de hachette. Il s’est ensuite changé et est reparti en vélo à une cinquantaine de kilomètres chez des amis où il séjournait déjà depuis deux jours.

Dès le 12 février donc, les journaux livrent le nom de l’assassin : c’est le chef de famille, Pierre Delafet. Ces mêmes journaux reprennent les paroles qu’on lui prête « J’ai tué pour être le maître ». Le crime aurait été causé par une mésentente avec la famille, l’oncle, sa mère, peut-être sa femme…

Ayant reconnu être l’unique coupable d’un double parricide et d’un quadruple assassinat, Delafet est inculpé et écroué à la prison départementale d’Agen.

Le crime

la-petite-gironde

Un horrible drame à Moirax. (Lot-et-Garonne)
Six membres d’une même famille assassinés pendant leur sommeil
(De notre correspondant particulier)

Agen. 10 février. – Un drame épouvantable vient de jeter le deuil et la consternation dans les laborieuses et paisibles populations de la commune de Moirax.
La famille Delafé (sic) toute entière, ou plutôt tous les habitants de la maison de Farges, à l’exception de M. Delafé, qui se trouvait momentanément absent, viennent d’être victimes d’un crime qui s’est perpétré dans des conditions horribles de préméditation et de cruauté.

la-depeche

UNE TUERIE effroyable au village.
A coups de couteau, de hache et de fusil, une famille de six personnes est anéantie.

De notre correspondant particulier :
Agen, 10 février. – Comme un coup de foudre éclatait, aujourd’hui, vers midi, au hameau de Farges, situé aux environs de Moirax, la nouvelle qu’un crime effroyable venait d’être commis dans la maison occupée par la famille Dieulafait (sic).
Toute cette famille, au nombre de six personnes, affirmait-on, avait été massacrée à coups de couteau, de hache et de fusil ; la nouvelle n’était, hélas, que trop exacte.
[…]
Quel est le mobile du crime ?
D’ores et déjà il semble résulter que le crime a été commis par une ou plusieurs personnes connaissant bien les aîtres de la maison ; qu’il a été perpétré dans la nuit de lundi à mardi ; que le vol n’en as pas été le mobile. En effet, dans la maison, rien n’a été fouillé et toutes les clefs sont demeurées intactes sur les serrures. Nous avons essayé, pour notre part, de savoir s’il ne s’agissait pas d’une vengeance. Diverses personnes du pays que nous avons interrogées, nous ont déclaré que la famille Dieulafait jouissait de l’estime générale. C’étaient de petits rentiers, petits propriétaires, vivant modestement, peu communicatifs, ne demandant et ne devant rien à personne.
[…]
Le voile qui s’étend sur ces six dépouilles demeure, pour l’instant impénétrable aux yeux de tous. Demain parviendra t-il à le soulever ?
A. Carrière

Sources :

La Petite Gironde du jeudi 11 février 1932, à la page intérieure « Dernière heure » des services télégraphiques et téléphoniques spéciaux du journal.
La Dépêche du jeudi 11 février 1932.
La Une du journal est partagée entre la conférence internationale sur le désarmement qui se tient à Genève, le conflit sino-japonais à propos de Shanghai et l’annonce du crime.

1932

calendrier

L’affaire Delafet s’est déroulée en 1932.

Voici quelques événements marquants de cette année. Les dates en gras concernent la France.

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3-4 janvier : Arrestation en Inde par l’autorité anglaise de Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948) et Sardar Vallab Bhai Patel (1875-1950). Interdiction du parti du Congrès.

12 janvier : Démission de Pierre Laval, président du conseil.

12 janvier : Hattie W. Caraway devient la première femme élue au sénat des Etats-Unis d’Amérique.

25 janvier : L’Union soviétique signe un pacte de non-agression avec la Pologne.

28 janvier : le Japon occupe Shanghai.

2 février : Ouverture de la conférence générale sur le désarmement à Genève.

soeurs-papin

2 février : Découverte au Mans du crime des sœurs Papin.

7 février : Signature à Oslo d’un accord de coopération économique entre la Belgique, les Pays-Bas et les pays scandinaves.

10 février : chute du cabinet Laval.

11 février : Le pape Pie XI reçoit Benito Mussolini au Vatican.

19 février : Paul Painlevé devient président du conseil.

25 février : Adolf Hitler obtient la nationalité allemande, ce qui lui permet de prétendre à la présidence de la république.

moulinex

16 février : Dépôt par Jean Mantelet, futur créateur de Moulinex, d’un brevet pour un moulin à presse-purée mécanique qui sera un immense succès.

1er mars : L’enfant de l’aviateur Charles Lindbergh est kidnappé.

9 mars : Irlande. Le parti Fianna Fail ayant gagné 72 sièges lors des élections législatives du 16 février, Eamon de Valera (1882-1975) prend la direction du gouvernement. Dès le 19 mars, il rompt le serment d’allégeance à la couronne britannique.

11 mars 1932 : Création d’un régime unique d’allocation familiale à partir du premier enfant par la généralisation du système existant et l’obligation faite à toutes les entreprises de s’affilier aux caisses de compensation.

18 mars : Début des négociations de paix entre le Japon et la Chine

21 mars 1932 : Première mise en service d’un autorail conçu par Michelin, sur la ligne Charleville-Givet (qu’on appellera bientôt « micheline »)

10 avril : Hindenburg est élu président de l’Allemagne

6 mai : Assassinat de Paul Doumer, président de la république, par Paul Gorguloff

8 mai : Les élections législatives marquent le recul des modérés qui soutenaient le cabinet Tardieu ; et la victoire du second cartel des gauches formé par le radical-socialiste Edouard Herriot et le socialiste Léon Blum.

10 mai : Albert Lebrun devient président de la république.

12 mai : L’enfant de Charles Lindbergh est retrouvé mort, malgré le paiement de la rançon demandée.

amelia20-21 mai : Cinq ans après Lindbergh, « Lady Lindy » (Amelia Earhart) devient la première femme aviatrice à traverser l’Atlantique en solitaire.

Nota : Cette photo provient du site officiel Amelia Earhart.

20 mai : Autriche. Prenant la suite de Karl Buresch, démissionnaire, Engelbert Dollfuss devient chancelier.

21 mai. Grèce. Le conflit chypriote contraint le premier ministre Eleftherios Venizelos à démissionner. Il sera remplacé le 25 par Andreas Papanastasiou

4-16 juin : coup d’Etat instaurant une éphémère république socialiste au Chili.

2 juillet : Le démocrate Franklin D. Roosevelt expose pour la première fois sa conception du « New Deal » pour lutter contre la crise économique de 1929.

5 juillet : Au Portugal, le fasciste Antonio de Oliveira Salazar devient premier ministre.

7 juillet : Le sous-marin Prométhée, en phase de test, coule au large de Cherbourg. Sur les 69 personnes embarquées, seuls 7 membres de l’équipage survivent au naufrage.

20 juillet : Allemagne. Depuis la percée du NSDAP aux élections du landtag de Prusse le 24 avril, la construction d’une majorité gouvernementale stable paraît impossible. Deux jours après que le président Hindenburg ait démis deux ministres sociaux-démocrates, le chancelier von Papen décrète la loi martiale.

28 juillet : A Washington, le président républicain Edgar Hoover ordonne à l’armée (dirigée par MacArthur) de disperser par la force les vétérans de la première guerre mondiale (« Bonus Army ») qui manifestent depuis juin.

31 juillet : Allemagne. Les élections législatives donnent 37% de voix au parti national-socialiste, qui devient ainsi le premier parti du Reichstag.

6 août : Inauguration du premier festival international du film à Venise (future « Mostra »). Le premier film projeté est « Dr. Jekyll et Mr Hyde », de Rouben Mamoulian. Le principal interprète Fredric March avait obtenu l’Oscar du meilleur acteur.

7 août : Publication De la psychologie paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, de Jacques Lacan.

30 août : Hermann Goering est élu président du Reichstag à Berlin.

4 septembre : Première journée de la conférence mondiale pour la paix.

9 septembre : La province de Catalogne obtient un statut d’autonomie au sein de la république espagnole (ratifié le 25 septembre)

12 septembre : Allemagne. Le chancelier von Papen dissout le Reichstag pour des élections en novembre.

gorguloff

14 septembre : Exécution de Paul Gorguloff.

16 septembre : L’Allemagne quitte la conférence pour le désarmement.

28 septembre : Crise politique à Londres. Trois ministres libéraux démissionnent pour manifester leur désaccord avec la politique protectionniste instaurée depuis le 1er mars.

3 octobre : L’Irak est le premier pays indépendant arabe à entrer à la Société des Nations.

8 novembre : Herbert Hoover est largement battu par Franklin D. Roosevelt aux élections présidentielles des Etats-Unis.

29 novembre : Pacte de non-agression franco-soviétique.

11 décembre : Les vainqueurs de la première guerre mondiale reconnaissent dans une déclaration commune l’Allemagne à égalité de droits.

14 décembre : Chute du ministère Herriot, remplacé par Joseph Paul-Boncour, le 18.

25 décembre : Tremblement de terre dans la province de Kansu en Chine (70 000 morts)

29 décembre : Les ouvriers de l’URSS font l’objet de contrôles de plus en plus stricts, avec l’instauration d’un livret de travail (27 décembre) et d’un passeport intérieur.

1932, c’est aussi l’année de publication de Les deux sources de la morale et du droit, par Henri Bergson, du Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Celine, Le manifeste du théâtre dans la cruauté, d’Antonin Artaud.

Quelques-uns des nombreux films sortis cette année : Je suis un évadé (I Am a Fugitive from a Chain Gang), de Mervyn LeRoy (avec Paul Muni) ; L’Atlandide de Pabst, Tarzan l’homme singe de W. S. van Dyke (avec Johnny Weissmuller), Grand Hôtel d’Edmund Goulding, avec Greta Garbo et Joan Crawford, Venus Blonde, de Steinberg, avec Marlène Dietrich ; Scarface (Scarface : The Shame of a Nation) d’Howard Hawks…
Scarface est notamment l’un des films marquants de l’âge classique du film de gangster aux Etats-Unis. Pour en savoir plus sur ce thème, voir cet article de Jacques Portes

Et terminons par ces trois chefs-d’œuvre du cinéma fantastique :
Freaks, de Tod Browning (à voir ici )
La chasse du comte Zaroff (The most dangerous game),
d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel
Docteur Jekyll and Mister Hyde,
de R. Mamoulian.

Quelques secondes avec Hyde ?

En 1932, les chanteurs s’appellent Alibert, Jean Lumière, Henri Garat, Lucienne Boyer, Georges Milton, Damia, Dranem… Jean Gabin. L’un des plus grands succès de l’année est certainement

[audio:http://m.renneville.free.fr/wp-content/audio/couches.mp3]

Pour d’autres chansons, voir par exemple une compilation ici

Pour les comédies musicales, je cite ici Jacques Gana, fin connaisseur du genre et de cette époque, le plus gros succès de l’année dans le style « grand spectacle » est « L’Auberge du cheval blanc ». Dans le genre « lourd », « Le Pays du Sourire ». En descendant vers la Canebière, on doit compter avec la première opérette de Scotto « Au pays du Soleil » avec le fameux « J’ai rêvé d’une fleur » (à écouter ici ); mais les meilleures oeuvres de l’année sont pour Jacques Gana une comédie musicale filmée et une comédie théâtrale du même compositeur, Raoul Moretti : « Il est charmant », avec le célèbre « En parlant un peu de Paris » (à écouter ici ); et « Un soir de réveillon » (qui fut en réalité de loin le plus gros succès de… 1933, la pièce ayant débuté à Noël 32). Plus d’informations sur l’excellent site de Jacques Gana (pour 1932, c’est ici )

Terminons justement en film et en chanson  avec un fameux passage du film Venus blonde, durant lequel Marlène Dietrich chante « Hot Voodoo » (6 mn)


Nous prendrons connaissance du drame comme il y a 66 ans exactement, jour pour jour, par les journaux du 11 février.

Moirax

En direction de MoiraxL’affaire s’est déroulée sur le territoire de la commune de Moirax.

La commune de Moirax est située sur la frange nord-est des plateaux gascons, dans l’Agenais au sud-est du département de Lot-et-Garonne (note précédente ), à 8 km d’Agen et à 10 km de Laplume, le chef-lieu de canton. Le bourg et les principales habitations sont situés sur un tertre de la rive gauche de la Garonne. Le territoire communal est délimité au nord par une bande étroite de la plaine alluviale du fleuve, inondable, mais il s’étend pour l’essentiel sur les collines et les plateaux des coteaux de la Gascogne. Le sous-sol des plateaux est un calcaire perméable ; les terres sont peu propices à une mise en culture. Elles sont améliorées par l’irrigation et le drainage. Les terrains de cailloutis les plus pauvres sont plantés de vignes et de vergers.

Approche de MoiraxLe climat est de type océanique (« Aquitanien » atténué), avec des vents dominants d’ouest tempérés et humides. L’influence méditerranéenne est portée par les vents d’Autan (secs et chauds). Le printemps est précoce, l’été chaud et sec, orageux parfois ; l’automne ensoleillé et l’hiver, doux et humide. La végétation est constituée pour partie de pelouses sèches sur les pentes calcaires ensoleillées. Il y a aussi une flore spécifique dans les vallons humides parcourus par les ruisseaux de Brimont et de la Jorle. Bois et sous-bois sont nombreux et dans les années 30, le territoire haut était beaucoup plus boisé que de nos jours. L’agriculture traditionnelle pratiquée sur des petites structures (inférieures à 10 ha) est depuis quelques années en net recul, de même que les cultures destinées à une consommation familiale.
Voici maintenant quelques éléments de démographie :

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Source : Etude démographique de Lot-et-Garonne, Conseil général 47, Centre de documentation, 1995.

Si la population a été en lente décroissance jusqu’au début des années 60, atteignant alors un étiage de 346 habitants, elle est en sensible augmentation depuis cette date, bénéficiant d’une tendance qui touche toutes les communes de la périphérie d’Agen. On comptait 476 moiracais et moiracaises en 1975, 583 en 1983 et plus d’un millier depuis 2000. L’habitat a évolué pour répondre à cette nouvelle tendance démographique, ajoutant aux fermes et aux maisons anciennes des lotissements et des hameaux rassemblant des pavillons individuels.

Le village de Moirax est surtout remarquable pour l’état de conservation de son prieuré clunisien, qui est superbe témoin de l’art roman en Agenais. Un mot d’histoire donc.

Les premiers habitants ?

La plus ancienne présence humaine est attestée par la « Peyrigne » à La motte de Lécussan. Cette voie romaine traversait Moirax et La Romieu pour relier Saint-Bertrand de Comminges. La Garonne était alors traversée par un gué. Ce point de passage entre Guyenne et Gascogne était gardé par la « Cassagne » à Boé (côté Guyenne) et le fief de Lécussan (côté Gascogne).

Les débuts du christianisme dans l’Agenais

Saint-Vincent prêcha l’Evangile en Agenais vers l’an 250. Il fut martyrisé dans une émeute. L’Evêque de Toulouse (Saint-Honorat) envoya alors dans l’Agenais Saint-Firmin. Saint-Maurin aurait également prêché. L’abbaye qui porte son nom aurait été érigée sur le lieu de son martyr.
On attribue également à Darien, gouverneur de l’Aquitaine sous le règne de l’empereur Dioclétien (287-290) la mise au bûcher de la « jeune et belle vierge » Sainte Foy, devenue patronne des Agenais, tout comme Saint-Caprais, martyrisé lui aussi.

Source : J-F Samazeuilh, Histoire de l’Agenais, du Condomois et du Bazadais, tome 1, Auch, Imprimerie J. Foix, 1846, p. 39

arriere.1202338548.jpg Brève histoire du prieuré

On ne peut affirmer avec certitude l’existence d’un habitat sédentaire à Moirax durant le haut moyen age et ce, jusqu’à ce qu’un castel soit édifié sur le coteau, à la fin du IXe siècle. Le modeste village de Moirax fait alors partie du vicomté du Brulhois, au sein du puissant duché de Gascogne et d’Aquitaine. C’est la partition de l’héritage d’Amault Odon vicomte de Gascogne (dit aussi Arnaud 1er , de Lomagne-Gascogne, d’après P. Gibert, 1984, t. 1, p. 15), qui a scellé la naissance de la seigneurie de Moirax.
La fondation du prieuré fut provoquée, comme c’est souvent le cas, par un seigneur laïc appartenant à une famille aristocratique importante, dans le mouvement de la paix de Dieu. L’héritier de la seigneurie, Guillaume Arnaud et son fils Pierre (qui avait accompli son noviciat à Cluny) donnèrent en effet l’église, la villa, la paroisse de Moirax et d’autres biens immobiliers à l’abbaye de Cluny.

A la fondation du prieuré, Moirax était compris dans l’un des cinq archidiaconés du diocèse d’Agen, qui s’étendait d’Auvillars à Condom et Nérac. La charte de fondation du prieuré date de 1049. Cette année-là, Odilon, grand prieur de Cluny, décéda, et fut remplacé par Hugues de Semur, qui avait vingt ans. L’abbatiat de Hugues de Semur (1049-1109) fut marqué par une grande expansion de l’ordre clunisien. Jusqu’ici confiné à la Bourgogne, celui-ci essaima dans le sud-ouest et l’Espagne. Les prieurés étaient consacrés à la prière, à l’étude et au travail selon la règle de saint Benoît. Ils furent aussi des foyers intellectuels et artistiques, contribuant à l’essor des campagnes par le développement économique et social qu’ils apportaient. La fondation du prieuré de Moirax témoigne de cet élan en ce qu’elle fut l’une des premières successions gasconnes au milieu du XIe siècle. Hugues accepta en effet cette donation, ainsi que Bernard, évêque d’Agen ; et le premier voyage du nouvel abbé de Cluny fut pour la moyenne Garonne où il procéda à la fondation du monastère de Moirax. Pierre, fils du donateur, fut investi du priorat et la construction des bâtiments débuta peu après, probablement entre 1050 et 1055.
Celle-ci dura jusqu’en 1140 et connut plusieurs arrêts. La paix de Dieu connut en effet bien des vicissitudes car le legs fut contesté par trois membres de la famille. Dans la première décennie du XIIe siècle notamment, Pierre II, vicomte de Gabarret pilla et dévasta les possessions du prieuré. Il retint Pierre en prison. L’évêque d’Agen dut intervenir pour une transaction officielle. Peu de temps après, il y eut de nouveau des pillages, le prieur s’enfuit et fit envoyer à Cluny le trésor du prieuré. L’abbé Pons de Mergueil chercha à rétablir le calme et fit donner le trésor de Moirax à Pierre II. La conciliation fut scellée en 1115, en présence de Gausbert, évêque d’Agen.

En 1285, les bâtiments du prieuré étaient en mauvais état, le cloître réduit à l’état de ruines. Les ressources étaient pourtant abondantes puisque Moirax fit partie des 13 établissements taxés annuellement par l’abbé de Cluny, à partir de 1291. Le pape Boniface VII autorisa le prieuré à porter le titre de doyenné. Il n’y eut plus alors de communauté de moines. La situation ne s’améliora guère au XIVe siècle et au tournant du XVe, elle paraissait sans renaissance possible (le doyen commendataire fut excommunié en 1396 et en 1402, d’après P. Gibert, 1984, t. 1, p. 75). Les guerres de religion apportèrent leur lot de malheur. Moirax fut dévastée par Montgomery en 1569 et touchée de nouveau par une attaque du roi de Navarre en 1585. La commune fut encore affaiblie par la peste, en 1628. C’est seulement au mitan du XVIIe siècle que l’on voit les premiers signes de retour à la prospérité, dans la dynamique de la réforme de l’ordre clunisien. Il y eut un concordat en 1687 entre le doyen commendataire et la communauté de moines. Les bâtiments conventuels furent restaurés de 1701 à 1705, ce qui marqua le second âge d’or du prieuré de Moirax. L’aile sud du prieuré fut reconstruite au XVIIIe siècle.

La Révolution marqua le coup d’arrêt définitif de la vocation conventuelle des lieux. Les archives du prieuré furent brûlées en 1792, les bâtiments conventuels vendus en l’an II. Le prieuré devint l’église paroissiale Notre-Dame. Après d’importantes réparations en 1835, l’église fut classée monument historique en 1842. La première restauration d’ensemble débuta sous le ministère de l’abbé Serret (1870-1890).

L’église Notre-Dame de Moirax

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« Les partis généraux de l’église de Moirax sont bien connus : grande façade composée, très reprise au siècle dernier ; nef basilicale de six travées à vaisseau central aveugle voûté d’un berceau brisé et à collatéraux voûtés d’arêtes en blocage ; transept haut et saillant, très régulier en plan, mais voûté d’ogives à lierne et à tiercerons ; chevet à trois éléments non adjacents, initialement séparés par d’étroits réduits en relation avec le transept et la travée de chœur ; cette dernière enfin, célèbre pour sa coiffe conique »

Philippe Gibert, Recherches sur la sculpture romane dans le sud de l’Agenais : Notre-Dame de Moirax…, t. 1, p. 86.

Riche d’un décor sculpté de 162 chapiteaux (dont 132 de style roman), l’église Notre-Dame porte les traces de son histoire. Les trois grandes périodes de construction se lisent sur le bâtiment dans une progression d’est en ouest. La nef et les quatre premières travées (piliers à noyau circulaire) forme la partie la plus ancienne de l’église (1050-1080). Le transept et les deux dernières travées (piliers à noyau octogonal) sont attribuables à la deuxième période de construction (1080-1100). Le chœur date, lui, du XIIe siècle. On peut encore admirer, à l’intérieur, des stalles boiseries du XVIIe siècle réalisées par le sculpteur Jean Tournier de Gourdon.

Voici pour terminer l’analyse des sculptures, par Philippe Gibert, qui a mené une recherche historique sur Notre-Dame-de-Moirax : « C’est à un éventail de source extrêmement large que l’on est conduit à se référer lorsque l’on examine les reliefs de Moirax. En effet, il est peu de domaines artistiques de l’Antiquité et du haut Moyen Age qui ne trouvent un écho dans la sculpture de la priorale.
Ces influences peuvent parfois se manifester directement, mais le plus souvent c’est au travers des arts du XIe siècle qu’elles le font. Dans ce domaine, le rôle joué par certains des grands ateliers de sculpture que l’on connaît pour les trois premiers quarts du siècle, est fondamental. C’est dans ces grands foyers qu’ont été élaborés les principes qui dès le dernier quart du XIe siècle se fondent pour constituer la base d’un répertoire général des formes et des techniques de la sculpture romane. A Moirax, l’influence des ateliers ligériens, poitevins, bourguignons, est ainsi omniprésente.
Parfois, comme dans le cas du sculpteur D, de l’auteur du chapiteau 124 et, plus tard, de celui de la corbeille 135, l’origine de l’artiste peut être définie avec précision. Venant de Poitiers, le sculpteur D intensifie, à la fin du XIe siècle, des relations artistiques déjà ancienne entre Moirax et les pays de l’Ouest. De son côté, le sculpteur du chapiteau 124 se présente aux alentours de 1100, comme l’ambassadeur de la sculpture de Moissac, dont l’influence, jusqu’alors extrêmement diffuse, n’a cependant pas le loisir de se manifester vraiment du fait de l’avancement du décor sculpté de Moirax et de l’arrêt brutal du chantier dans les premières années du XIIe siècle.
Enfin plus tard, dans le second quart du XIIe siècle, c’est de Layrac que viennent deux sculpteurs chargés de réaliser les derniers chapiteaux de l’église de Moirax. Et l’un d’eux, habitué des fins de chantiers, fige dans les hauteurs de la nef un peu de l’esprit de la dernière sculpture de Sainte-Foy de Conques »
(P. Gibert, ibid., t. 2, pp. 632-634)

Principale source pour le prieuré : Philippe Gibert, Recherches sur la sculpture romane dans le sud de l’Agenais : Notre-Dame de Moirax, thèse de doctorat de IIIe cycle d’histoire de l’art et d’archéologie sous la direction de M. J. Gardeilles, Bordeaux, 3 tomes, 1984.
Archives départementales de Lot-et-Garonne, cote [AA 867]

Voir également en ligne, le site de la commune de Moirax (ici )

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