Séminaire Histoire de la justice et patrimoine judiciaire. EHESS (2019-2020)

séminaire histoire de la justice affaires criminellesLe séminaire interroge l’histoire de la justice et ses formes de patrimonialisation. L’histoire de la justice est abordée par la fabrique de la conviction judiciaire pour saisir le processus aboutissant à une décision de justice, que celle-ci soit consensuelle ou contestée par les lectures médiatiques ou littéraires. La réflexion est menée à partir d’affaires judiciaires des XIXe-XXe siècles en France. Le deuxième axe questionne la notion de patrimoine judiciaire, son extension (matériel, immatériel) et ses recoupements avec d’autres domaines (patrimoine scientifique, patrimoine numérique). On s’intéresse ici aux savoirs, aux pratiques et aux mémoires des lieux de justice, aux modalités de leur valorisation (accès public, muséographie, documentaire, dispositifs numériques) et aux usages sociaux de ce patrimoine sombre.

Responsable : Marc Renneville (centre A. Koyré UMR 8560, Clamor UMS 3726)

Horaires : 2e et 4e lundis du mois de 15 h à 17 h, du 14 octobre 2019 au 8 juin 2020

Lieu : EHESS, salle 6, 105 bd Raspail 75006 Paris

Dates des séances 2019-2020 : Lundi 14 octobre 2019, 25 novembre, 9 décembre, 13 janvier 2020 27 janvier 2020, 10 février, 9 mars, 23 mars, 27 avril, 11 mai, 25 mai et 8 juin.

Programme indicatif

1/ Lundi 14 octobre 2019
Thématiques du séminaire, présentation de l’enseignant et des présents, modalités de validation.

2/ Lundi 25 novembre 2019
Archives nationales. Visite des réserves et de l’exposition « La science à la poursuite du crime » par Pierre Piazza (Université de Cergy, Clamor).

3/ Lundi 9 décembre 2019
L’affaire Joseph Vacher. Mémoires et histoire

4/ Lundi 13 janvier 2020
« La comparaison historique du bagne et ses enjeux : la colonisation pénale en Australie et en Nouvelle-Calédonie » par Briony Neilson (Université de Sidney, Clamor) et Isabelle Merle (directrice de recherche au CNRS, présence sous réserve)

5/ Lundi 27 janvier 2020
L’affaire Delafet. Enquête orale et archives judiciaires.

6/ Lundi 10 février 2020
« L’affaire Pranzini » par Frédéric Chauvaud (professeur d’Histoire contemporaine, Université de Poitiers)

7/ Lundi 9 mars 2020
« L’affaire du corbeau de Tulle, une tache judiciaire ? » par Amos Frappa (doctorant EHESS)

8/ Lundi 23 mars 2020

9/ Lundi 27 avril 2020

10/ Lundi 11 mai 2020
« Une visite de la prison de Clairvaux. Histoire, patrimoine et valorisation numérique » par Jean-Lucien Sanchez (chargé de recherches au ministère de la Justice, Clamor) et Hervé Colombani (réalisateur, Clamor)

11/ Lundi 25 mai 2020

12/ Lundi 8 juin

Renseignements complémentaires sur le site de l’EHESS

Crime et folie. Deux siècles d’enquête médicales et judiciaires

Crime et folie Marc Renneville

Folie meurtrière, démence, obsessions, possessions, carnages, actes inhumains, monstres, prédateurs, psychopathe, pervers, perversité, récidive, peine de mort, traitement…
Autant de termes qui cernent la question de ce livre : Le crime est-il une folie ? Autrement dit, celui qui commet un meurtre perd-il le contrôle de lui-même ? Faut-il le mettre à l’asile ou en prison ? Et si le criminel est un malade, peut-on le guérir ? Comment détecter les criminels potentiels pour les empêcher de nuire ?
Ces questions se posent chaque fois que resurgit un tueur en série ou dans le débat actuel sur la pédophilie. Elles ne sont pas nouvelles : de la théorie de la « bosse du crime » à celle du chromosome du crime, en passant par Lombroso, selon lequel le criminel est un sauvage égaré dans notre civilisation, médecins et psychiatres ont proposé depuis deux siècles de nombreuses réponses, faisant du criminel un « objet de science ». Ce sont les grandes théories des criminologues qu’explique ce livre, en rappelant les débats qu’elles ont suscité, aussi bien du côté des législateurs et des magistrats que dans l’opinion publique.

Recension du professeur Jean-Louis Senon (parue dans Forensic, n°14, avril-mai-juin 2003, p. 47).

Marc Renneville, maître de conférences à l’université de Paris 8 et responsable du centre interdisciplinaire de recherche de l’école nationale d’administration pénitentiaire vient de sortir un superbe ouvrage chez Fayard : Crime et Folie. Deux siècles d’enquêtes médicales et judiciaires. Remarquable historien de l’histoire de la médecine comme de celle de la justice, Marc Renneville propose un ouvrage de plus de 500 pages qui va passionner tout autant les psychiatres et criminologues que spécialistes de l’histoire de la justice. Cet ouvrage démontre bien que les rapports entre psychiatrie et justice s’inscrivent dans l’histoire et ne font que se rejouer dans les débats actuels. Marc Renneville propose une première partie sur « les premiers symptômes, ceux qui vont dans le sens du pari de la guérison au criminel ». « Gouverner la déviance » comme connaître les criminels et aider les prisonniers sont reliés à l’essor de la phrénologie. Une deuxième partie est consacrée à la folie criminelle et la folie du crime. Le débat de la monomanie homicide est très central dans cette page de l’enjeu fondamental de l’histoire des rapports entre psychiatrie et justice. Une troisième partie est consacrée au « grand examen ». Marc Renneville partant de l’œuvre de Lombroso, explique bien que si la théorie du criminel a été critiquée par des médecins comme par des juristes, c’est parce qu’elle superpose le crime et la folie jusqu’à les confondre… Quelle actualité !… La quatrième partie de l’ouvrage s’ouvre sur une question posée en 1877 dans le bulletin de la Société générale des prisons : « Le criminel doit-il être traité comme un être inconscient ? » La crise de la répression de la première moitié du XXe siècle est bien posée dans un long chapitre sur une nouvelle politique criminelle. Ce chapitre s’ouvre sur les propos d’Abely de 1934 : « La notion de nocivité sociale se substitue à celle de responsabilité et de culpabilité ; la sentence thérapeutique remplace la peine ». Après une illustration sur la folie meurtrière à l’écran, Marc Renneville pose le problème du déclin de la folie criminelle et de l’essor de la folie du crime. Son épilogue est riche d’enseignement quand il rappelle que « les figures du fou et du criminel sont intimement liées à notre conception du lien social, aussi sont-elles toujours mobilisées lorsque le sens de la peine est discuté par les politiciens ». Une lecture indispensable, un livre-plaisir.

Voir le livre sur le site de l’éditeur

Comptes-rendus en ligne

Recension de Guy Grenier pour l’Association canadienne de justice pénale (Revue canadienne de criminologie) http://www.ccja-acjp.ca/fr/rccr/rccr64.html

Recension de Hugo Billard pour le site des Clionautes (juin 2003) http://www.clionautes.org/spip.php ?article270

H-France Review Vol. 3 (November 2003), No. 130 Review by Alex Dracobly, University of Oregon. http://www.h-france.net/vol3reviews/dracobly.html

Nicole Edelman, Revue d’histoire du XIXe siècle, 2006-33, Relations sociales et espace public http://rh19.revues.org/document1176.html

Samuel Lézé, L’Homme, 177-178 – Chanter, musiquer, écouter, 2006 http://lhomme.revues.org/document2322.html

Le langage des crânes. Une histoire de la phrénologie

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Avez-vous la bosse des maths, de la poésie ou de la peinture ? Cet inconnu présente t-il la bosse du crime ou celle de la ruse ?
De 1800 à 1850, certains savants peuvent répondre à ces questions. Et pour le prouver, ils tâtent des têtes de génies (Napoléon…), de criminels (Lacenaire…) et de fous. Leur théorie est vérifiée par l’examen de milliers de moulages et de centaines de crânes récoltés à Paris, Londres, à Berlin, en Inde et en Océanie. Sûrs de leur bon savoir, les phrénologistes oeuvrent pour un monde meilleur, peuplé de génies, de criminels amendés et de fous guéris.
Défendue par de nombreux médecins, politiciens et artistes, la phrénologie oscille pendant un demi-siècle entre science légitime et technique divinatoire, avant de tomber dans un discrédit total.

Reléguée au statut de science occulte puis longtemps oubliée, elle semble actuellement renaître de ses cendres. Des neurobiologistes contemporains lui rendent justice d’avoir établi le principe des localisations cérébrales et d’éminents scientifiques estiment qu’elle a été la première science de l’homme rationnelle.
Qu’en est-il exactement ?
Riche de nombreux documents méconnus ou inédits, ce livre est une contribution originale au débat. Il vous invite à refaire le parcours des premiers phrénologistes, à partager leurs victoires et leurs déboires. Grâce à cette lecture participante, vous pourrez apprécier en connaissance de cause les réalisations et les rêves de nos savants (fous ?).

Ce livre a obtenu le prix du « meilleur ouvrage » de la Société française d’histoire de la médecine (2000)

Extraits de la revue de presse

« C’est un livre tout-à-fait passionnant »
Michelle Perrot , « Les lundis de l’Histoire », France-Culture, 9 octobre 2000.

« La phrénologie, cette science des bosses, est la plupart du temps moquée, caricaturée. On n’en garde que la fameuse bosse des maths, ou bien la bosse du crime […]
Pourtant, comme le suggère l’historien Marc Renneville, suivre de près la vie à la fois courte et longue de cette discipline est un jeu de miroir […]
Son travail historique, à la fois fouillé et attrayant, en fait découvrir l’étrange parcours »
Gaëtane Chapelle, Sciences Humaines, n° 108, août-sept. 2000.

« L’essentiel de l’ouvrage est de montrer comment, en dépit de ses outrances ou de ses errements, la phrénologie marqua une étape importante dans l’histoire culturelle et sociale du premier XIXe siècle […] « Science positive dans une époque romantique », la phrénologie demeurait peuplée de fantasmes, de figures exotiques et parfois fantastiques. A sa manière, elle exprimait pourtant cette ambition volontariste et somme toute bienveillante qui animait le premier XIXe siècle : réduire l’inexplicable ou l’inacceptable à la raison scientifique »
Dominique Kalifa, Libération, 29 juin 2000.

« Le langage des crânes se lit comme un roman : l’écriture fait vivre cet invraisemblable qui a bien eu lieu. La complexité des personnages appelle l’identification ou le refus. L’ironie, l’humour noir de compassion et de révolte sourde, est inquiétude d’auteur qui suscite celle des lecteurs […]
Pire qu’un bon roman, la réalité est parfois un cauchemar continu. Renneville suggère que cette science dissoute en 1848 a infiltré les mentalités. L’héritage s’évalue selon les conceptions des sciences. Si l’on croit à leur pureté, la phrénologie aura transmis la localisation cérébrale à l’anthropologie et la neurobiologie (on oubliera ce qui n’est ni vrai ni éthique). Si l’on aborde l’ensemble des fonctions d’un savoir, elle aura influencé d’autres programmes d’examen et de gestion de la population, au nom du bien : anthropologie, eugénisme, éthologie, sociobiologie… »
Laurent Loty, Le Monde des Livres, 1er septembre 2000.

Deux comptes rendus en ligne :
Frédéric Chauvaud, Revue d’Histoire du 19e siècle, 2001, n° 22
Consulter le compte-rendu en ligne sur le site de la revue :
http://rh19.revues.org/document268.html

Jean-Pierre Peter, Annales. Histoire, Sciences sociales,
janvier-février 2001, n° 1, p. 218-220.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_2001_num_56_1_279943_t1_0218_0000_3