Le langage des crânes. Une histoire de la phrénologie

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Avez-vous la bosse des maths, de la poésie ou de la peinture ? Cet inconnu présente t-il la bosse du crime ou celle de la ruse ?
De 1800 à 1850, certains savants peuvent répondre à ces questions. Et pour le prouver, ils tâtent des têtes de génies (Napoléon…), de criminels (Lacenaire…) et de fous. Leur théorie est vérifiée par l’examen de milliers de moulages et de centaines de crânes récoltés à Paris, Londres, à Berlin, en Inde et en Océanie. Sûrs de leur bon savoir, les phrénologistes oeuvrent pour un monde meilleur, peuplé de génies, de criminels amendés et de fous guéris.
Défendue par de nombreux médecins, politiciens et artistes, la phrénologie oscille pendant un demi-siècle entre science légitime et technique divinatoire, avant de tomber dans un discrédit total.

Reléguée au statut de science occulte puis longtemps oubliée, elle semble actuellement renaître de ses cendres. Des neurobiologistes contemporains lui rendent justice d’avoir établi le principe des localisations cérébrales et d’éminents scientifiques estiment qu’elle a été la première science de l’homme rationnelle.
Qu’en est-il exactement ?
Riche de nombreux documents méconnus ou inédits, ce livre est une contribution originale au débat. Il vous invite à refaire le parcours des premiers phrénologistes, à partager leurs victoires et leurs déboires. Grâce à cette lecture participante, vous pourrez apprécier en connaissance de cause les réalisations et les rêves de nos savants (fous ?).

Ce livre a obtenu le prix du « meilleur ouvrage » de la Société française d’histoire de la médecine (2000)

Extraits de la revue de presse

« C’est un livre tout-à-fait passionnant »
Michelle Perrot , « Les lundis de l’Histoire », France-Culture, 9 octobre 2000.

« La phrénologie, cette science des bosses, est la plupart du temps moquée, caricaturée. On n’en garde que la fameuse bosse des maths, ou bien la bosse du crime […]
Pourtant, comme le suggère l’historien Marc Renneville, suivre de près la vie à la fois courte et longue de cette discipline est un jeu de miroir […]
Son travail historique, à la fois fouillé et attrayant, en fait découvrir l’étrange parcours »
Gaëtane Chapelle, Sciences Humaines, n° 108, août-sept. 2000.

« L’essentiel de l’ouvrage est de montrer comment, en dépit de ses outrances ou de ses errements, la phrénologie marqua une étape importante dans l’histoire culturelle et sociale du premier XIXe siècle […] « Science positive dans une époque romantique », la phrénologie demeurait peuplée de fantasmes, de figures exotiques et parfois fantastiques. A sa manière, elle exprimait pourtant cette ambition volontariste et somme toute bienveillante qui animait le premier XIXe siècle : réduire l’inexplicable ou l’inacceptable à la raison scientifique »
Dominique Kalifa, Libération, 29 juin 2000.

« Le langage des crânes se lit comme un roman : l’écriture fait vivre cet invraisemblable qui a bien eu lieu. La complexité des personnages appelle l’identification ou le refus. L’ironie, l’humour noir de compassion et de révolte sourde, est inquiétude d’auteur qui suscite celle des lecteurs […]
Pire qu’un bon roman, la réalité est parfois un cauchemar continu. Renneville suggère que cette science dissoute en 1848 a infiltré les mentalités. L’héritage s’évalue selon les conceptions des sciences. Si l’on croit à leur pureté, la phrénologie aura transmis la localisation cérébrale à l’anthropologie et la neurobiologie (on oubliera ce qui n’est ni vrai ni éthique). Si l’on aborde l’ensemble des fonctions d’un savoir, elle aura influencé d’autres programmes d’examen et de gestion de la population, au nom du bien : anthropologie, eugénisme, éthologie, sociobiologie… »
Laurent Loty, Le Monde des Livres, 1er septembre 2000.

Deux comptes rendus en ligne :
Frédéric Chauvaud, Revue d’Histoire du 19e siècle, 2001, n° 22
Consulter le compte-rendu en ligne sur le site de la revue :
http://rh19.revues.org/document268.html

Jean-Pierre Peter, Annales. Histoire, Sciences sociales,
janvier-février 2001, n° 1, p. 218-220.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_2001_num_56_1_279943_t1_0218_0000_3

Gabriel Tarde. The « Swallow » of French Criminology

‘The Anthem Companion to Gabriel Tarde’ offers the best contemporary work on Gabriel Tarde, written by the best scholars currently working in this field. Original, authoritative and wide-ranging, the critical assessments of this volume will make it ideal for Tarde students and scholars alike.

‘Anthem Companions to Sociology’ offer authoritative and comprehensive assessments of major figures in the development of sociology from the last two centuries. Covering the major advancements in sociological thought, these companions offer critical evaluations of key figures in the American and European sociological tradition, and will provide students and scholars with both an in-depth assessment of the makers of sociology and chart their relevance to modern society.

Marc Renneville, « Gabriel Tarde: The ‘Swallow’ of French Criminology » in Robert Leroux (dir), The Anthem Companion to Gabriel Tarde, Anthem Press, mars 2018, pp. 103-108

Gabriel Tarde is better known nowadays for his sociological theories and for his opposition to Emile Durkheim (1858-1917), but Tarde was above all one of the first to criticize the born-criminal theory of Cesare Lombroso (1835-1909) and was the author of an original theory on the perpetration of crime and penal responsibility. Tarde published widely in the field of criminology : he wrote commentaries on criminal statistics, he was in at the birth of crowd psychology, he put forward criteria for ensuring correct sentencing and he developed an original theory of crime and punishment. Tarde was one of Lacasssagne’s main collaborators on the Criminal Anthropology Records and he participated in numerous conventions on anthropology, sociology and penitentiary science. Although celebrated in his lifetime, Tarde’s reputation did not endure. One reason for this can be found in his writings : his books were in effect compilations of articles from which it was hard to distinguish a clear doctrine. Tarde was recognised as an erudite practicioner, but he was isolated and did not gain a wide following.

Read the complete article (pre-published version) on HAL-SHS

La pathologie du suicide. Pour une nouvelle histoire des enjeux médicaux et socio-politiques aux XIXe-XXe siècles

La pathologie du suicide. Histoire du suicideCette journée d’études a été organisée le 13 juin 2016 à l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique (IUHMSP) à Lausanne avec le soutien du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) et la Fondation pour l’Université de Lausanne.

Nous avons donc choisi pour cette journée d’étude de restreindre notre approche à la période contemporaine, prise sous l’angle de l’histoire des savoirs visant à produire une connaissance du phénomène suicidaire. Nous avons délibérément écarté la question du suicide dans la littérature au XVIIIe et au XIXe siècles, bien qu’il s’agisse d’un thème majeur qui a suscité de nombreuses études critiques (Alvarez 1973 ; Gates 1987 ; Bell 2011 ; Faubert 2015). Il ne s’agit pas pour autant d’ignorer les influences réciproques entre médecine et littérature, et tout particulièrement dans le champ de la folie et du suicide. Ces circulations, tant au niveau conceptuel et terminologique qu’au niveau descriptif, ont fait l’objet d’analyse en études littéraires et en humanités médicales, et qui permettent de mieux comprendre la médicalisation du suicide (Rigoli 2001 ; Roldan 2013). En précisant notre cadre d’études, nous avons également écarté certaines questions qui sont à la périphérie de l’acte du suicide, notamment le comportement autodestructeur qui a récemment fait l’objet d’études approfondies (Millard 2015 ; Chaney 2017). Les articles réunis dans ces actes partent de plusieurs axes d’études en histoire, qui ont déjà été bien élaborés, comme la question de la sécularisation et la médicalisation du suicide (MacDonald 1988, 1989 ; Kushner 1991), le rapport entre violence et suicide (Chesnais 1981) et la perspective du « genre » de la mort volontaire (Higonnet 1986 ; Kushner 1993 ; Fauvel 2016).

La majorité des études rassemblées dans les actes portent sur la France métropolitaine. Elles abordent la question du suicide en articulant la perspective médicale avec d’autres disciplines et discours qui ont été déterminants pour la compréhension de ce phénomène. Juan Rigoli examine les influences terminologiques et conceptuelles réciproques entre la littérature et la psychiatrie au début du XIXe siècle. Plus précisément, il met en évidence comment certaines notions comme l’ennui, le vague des passions et le tædium vitae se transforment en concepts psychiatriques dans les traités des aliénistes. Eva Yampolsky examine l’apport des premières études médico-légales sur la médicalisation du suicide. Elle étudie tout particulièrement la position ambiguë du médecin-légiste François-Emmanuel Fodéré, figure charnière entre la criminalisation et la médicalisation du suicide. Dans son article sur la médicalisation du suicide au XIXe siècle, Marc Renneville analyse la transformation des théories psychiatriques et l’influence que d’autres discours ont eu sur le statut du suicide, entre acte de folie, crime et péché. Il examine les débats psychiatriques sur le statut pathologique du suicide au milieu du siècle et le schisme qui se développe entre l’interprétation médicale et la position sociologique sur cet acte à la fin du siècle. Laurence Guignard étudie le rôle précis de la médecine et de la psychiatrie dans la prévention du suicide en prison. Devant l’important taux de suicide dans le milieu carcéral et la responsabilité portée par cette institution sur les prisonniers, elle analyse le niveau de contrainte et l’efficacité des mesures restrictives employées par le personnel médical et carcéral pour prévenir le suicide. Maria Teresa Brancaccio et David Lederer étudient comment des mouvements politiques influencent l’interprétation des statistiques du suicide, notamment celles qui ont été étudiées par le psychiatre Enrico Morselli en Italie et l’économiste Adolf Wagner en Allemagne. En concentrant leurs analyses sur le contexte de l’unification nationale en Allemagne et en Italie au XIXe siècle, ils montrent comment le taux du suicide est utilisé comme mesure de civilisation et de progrès d’un pays.

Étant donné l’important investissement international aujourd’hui dans la prévention du suicide, dont le taux semble résister à ces efforts, mais aussi l’apport que l’histoire peut contribuer à la compréhension de ce phénomène, il nous a semblé important d’ouvrir ce dossier à des perspectives contemporaines. Deux de ces articles portent sur le contexte contemporain de la prévention du suicide et de la suicidologie. L’anthropologue Michela Canevascini examine les outils dont dispose le corps médical dans un service d’urgence psychiatrique en Suisse pour faire face aux comportements suicidaires. Elle questionne la pertinence du dispositif médical dans le contexte de souffrance psychique légère et les contraintes institutionnelles et assécurologiques qui contribuent à la médicalisation des problématiques suicidaires. Howard Kushner, quant à lui, examine les obstacles rencontrés par la suicidologie comme discipline dans la compréhension et la prévention du suicide. Il montre que les difficultés de prévenir le suicide résultent non pas de la complexité de ce phénomène mais des postulats et des arguments moraux sur lesquels cette discipline se fonde.

Accéder aux Actes sur Criminocorpus. Revue hypermédia

Marc Renneville et Eva Yampolsky