Sciences de l’homme, sciences de la punition. Réformes pénales et mesures de sûreté en Europe (1918-1939)

Sciences de l'homme, sciences de la punition ANR Sciencepeine

Université de Rouen

UFR Lettres et Sciences Humaines. Bâtiment Robespierre. Salle F101

vendredi 06 mai 2011

9h30-17h30

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles


L’équipe ANR Sciencepeine organise une journée d’études sur la question des rapports entre les sciences de l’homme et les réformes pénales de l’entre-deux-guerres en Europe. Avec le soutien du GRHIS (Université de Rouen), du centre A. Koyré. Histoire des sciences et des techniques (CNRS-EHESS-MNHN) et de la plate-forme Criminocorpus.

Programme de la journée

Présidence de Martine KALUSZYNSKI (Directrice de recherches  au CNRS Pacte-CNRS-IEP Grenoble)

Matinée

  • Réformes pénales et psychiatrie en Espagne (1920-1936). Ricardo Campos, Instituto de Historia Centro de Ciencias Humanas y Sociales (CSIC),
  • Entre guerre et prophylaxie : la biologisation du  droit pénal allemand de 1933 à 1945. Johann Chapoutot (maître de conférences, Université de Grenoble II, laboratoire LARHA),
  • Du projet Ferri au Code pénal Rocco : existe-t-il un droit pénal fasciste ? Jean-Yves Frétigné (maître de conférences, Université de Rouen, laboratoire GRHIS),

Après-midi

  • Au tribunal de la science. L’observation médico-pédagogique des jeunes « irréguliers » en Belgique, 1906-1965. David Niget (Chargé de recherche postdoctoral, Centre d’histoire du droit et de la justice, Université de Louvain – UCL ),
  • Criminologie, mesures de sûreté et dangerosité en France avant 1939. Marc Renneville (maître de conférences, Centre A. Koyré. Histoire des sciences et des techniques (UMR 8560),
  • Une revue « fascinée » ? La Revue de science criminelle et de droit pénal comparé (1936-1939). Jean-Claude Vimont (maître de conférences, Université de Rouen, laboratoire GRHIS),

Contact

  • Marc Renneville
    courriel : m [point] renneville (at) free [point] fr
  • Jean-Claude Vimont
    courriel : jean-claude [point] vimont (at) wanadoo [point] fr

Les « sales têtes » un documentaire original sur le délit de faciès ou « délit de sale gueule »

Les sales têtes

Fiche artistique et technique
Réalisateur et auteur : Davide Tosco Montage : Catherine Gouze Producteurs : Les Films d’Ici/Serge Lalou Graffiti Doc/Enrica Capra Néon Rouge /Aurélien Bodinaux Partenaires : CNC, Region Piemont, Museo Nazionale del Cinema, Film Commission Torino Piemonte, MEDIA Plus Development Program Durée : 52′ Genre : Documentaire société Format : Vidéo Année : 2006

sales_tetes_2Dès les débuts de la criminologie, au XIXe siècle, des scientifiques ont tenté de dresser le portrait-robot du criminel, mêlant leurs présupposés idéologiques à des méthodes contestables. Phrénologie, fichage anthropométrique, anthropologie criminelle et eugénisme établissent un lien entre traits de caractère et traits physiques. Dans la lignée de l’atavisme, le médecin italien Cesare Lombroso affirme qu’un physique simiesque, avec des mâchoires proéminentes, des arcades sourcilières développées et des oreilles décollées, est synonyme de retard mental et de sauvagerie. Pour son plus grand malheur, l’Allemand Bruno Lüdke répond parfaitement à ces critères. Il incarne la brute épaisse à la perfection. Dans Les sales têtes, images d’archives et photos à l’appui, des experts français, allemands et italiens reviennent sur ces théories.

sales-tetes-4Pour éclairer l’exploration scientifique, le documentaire retrace en parallèle l’histoire de Bruno Lüdke. Soupçonné du meurtre d’une veuve, il a de petits antécédents pour vols mais surtout une « bosse du crime » proéminente. Considéré comme retardé selon les codes de l’eugénisme nazi, il est accusé d’avoir commis quatre-vingt-un crimes entre 1926 et 1943 ! Il meurt en 1944 des suites d’expériences médicales. Aujourd’hui, on ne sait même pas s’il a accompli ne serait-ce que le premier de ces meurtres. Une chose est sûre, son cas suscite dès le début un énorme intérêt, comme en témoignent les photos de trois gros albums conservés à Berlin. Cette stigmatisation scientifique du criminel type a clairement influencé nos propres représentations du « méchant ». Sauf qu’aujourd’hui, le monstre a pris le visage d’un criminel qui ressemble à monsieur Tout-le-monde.

Première diffusion en France : 19.11.2006 sur ARTE dans le cadre de la soirée THEMA « Délit de sale gueule »

Extrait gratuit, location et achat sur le site VOD de la chaîne ARTE

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Un avis subjectif :
Il s’agit d’un sujet important, difficile et complexe, qui se prête particulièrement à un traitement visuel de type documentaire. Celui-ci a le grand mérite d’être le premier.
En qualité de conseiller scientifique, je peux témoigner du temps pris par la production pour explorer de nombreuses pistes et livrer au final, une information d’une richesse exceptionnelle. Le criminologue historien Robert Lilly y replace avec pertinence la question de la « sale tête » dans la difficulté plus globale que nous avons d’appréhender sereinement l’inconnu (( Je profite, au passage, pour signaler l’excellent documentaire « La face cachée des libérateurs » (écrit par Alain Moreau et réalisé par Patrick Cabouat, tiré de la recherche de R. Lilly parue sous le titre « La face cachée des GI’S. Les viols commis par des soldats américains en France, en Angleterre et en Allemagne pendant la Seconde Guerre Mondiale », Payot, 2003. )).
Le cas Lüdke est méticuleusement traité par Suzanna Regener, spécialiste de la construction médiatique des visages, tandis que Silvana Turzio analyse l’importance de la photographie dans la construction d’une science des visages.

sale-tetes-3Une troisième « tête » apparaît à trois reprises, pour présenter la phrénologie, l’anthropologie criminelle et poser l’hypothèse que de nos jours, la figure du monstre criminel est devenue versatile : elle peut être objet de stigmatisation physique mais aussi se cacher derrière un visage commun, celui du voisin ou d’un proche…

enrica-et-davide

Et juste en souvenir du plaisir pris à travailler avec l’équipe…

Voici dévoilées les bonnes têtes de Davide Tosco (réalisateur) et Enrica Capra (co-productrice), prises dans un café parisien, le 8 février 2005, avant une séance de tournage au Musée de l’Homme.

A noter :
Le documentaire rappelle que le cas Ludke a fait l’objet d’un film de fiction réalisé par Robert Siodmak : Les SS frappent la nuit (Nachts wenn der Teufel kam, Allemagne, 1957). Ce film fut d’ailleurs un grand succès et il fut récompensé par plusieurs prix. Mario Adorf composa dans le rôle du tueur sa plus forte interprétation, comme Peter Lorre l’avait fait, quelques années plus tôt, dans « M », de Fritz Lang. Tout, dans le jeu de Mario Adorf, est fait pour rendre l’assassin inquiétant : les mimiques, la gestuelle, l’expression et… les actes.

Mais au fait, Siodmak croyait-il à la correspondance du physique et du psychique, autrement dit, au délit de « sale tête » ?

double-enigme

On peut en douter…

Il suffit pour cela de se reporter au très beau Dark Mirror (La double énigme, 1946) dans lequel Olivia de Havilland joue deux sœurs jumelles dont l’une est une psychopathe meurtrière, tandis que l’autre sert d’alibi.

Comment, malgré l’identité physique, la police, aidée ici d’une science, parvient-elle à démasquer la véritable meurtrière ?

A découvrir ou à revoir…

Crime et folie. Deux siècles d’enquête médicales et judiciaires

crimeetfolieFolie meurtrière, démence, obsessions, possessions, carnages, actes inhumains, monstres, prédateurs, psychopathe, pervers, perversité, récidive, peine de mort, traitement…
Autant de termes qui cernent la question de ce livre : Le crime est-il une folie ? Autrement dit, celui qui commet un meurtre perd-il le contrôle de lui-même ? Faut-il le mettre à l’asile ou en prison ? Et si le criminel est un malade, peut-on le guérir ? Comment détecter les criminels potentiels pour les empêcher de nuire ?
Ces questions se posent chaque fois que resurgit un tueur en série ou dans le débat actuel sur la pédophilie. Elles ne sont pas nouvelles : de la théorie de la « bosse du crime » à celle du chromosome du crime, en passant par Lombroso, selon lequel le criminel est un sauvage égaré dans notre civilisation, médecins et psychiatres ont proposé depuis deux siècles de nombreuses réponses, faisant du criminel un « objet de science ». Ce sont les grandes théories des criminologues qu’explique ce livre, en rappelant les débats qu’elles ont suscité, aussi bien du côté des législateurs et des magistrats que dans l’opinion publique.

Recension du professeur Jean-Louis Senon (parue dans Forensic, n°14, avril-mai-juin 2003, p. 47).
Marc Renneville, maître de conférences à l’université de Paris 8 et responsable du centre interdisciplinaire de recherche de l’école nationale d’administration pénitentiaire vient de sortir un superbe ouvrage chez Fayard : Crime et Folie. Deux siècles d’enquêtes médicales et judiciaires. Remarquable historien de l’histoire de la médecine comme de celle de la justice, Marc Renneville propose un ouvrage de plus de 500 pages qui va passionner tout autant les psychiatres et criminologues que spécialistes de l’histoire de la justice. Cet ouvrage démontre bien que les rapports entre psychiatrie et justice s’inscrivent dans l’histoire et ne font que se rejouer dans les débats actuels. Marc Renneville propose une première partie sur « les premiers symptômes, ceux qui vont dans le sens du pari de la guérison au criminel ». « Gouverner la déviance » comme connaître les criminels et aider les prisonniers sont reliés à l’essor de la phrénologie. Une deuxième partie est consacrée à la folie criminelle et la folie du crime. Le débat de la monomanie homicide est très central dans cette page de l’enjeu fondamental de l’histoire des rapports entre psychiatrie et justice. Une troisième partie est consacrée au « grand examen ». Marc Renneville partant de l’œuvre de Lombroso, explique bien que si la théorie du criminel a été critiquée par des médecins comme par des juristes, c’est parce qu’elle superpose le crime et la folie jusqu’à les confondre… Quelle actualité !… La quatrième partie de l’ouvrage s’ouvre sur une question posée en 1877 dans le bulletin de la Société générale des prisons : « Le criminel doit-il être traité comme un être inconscient ? » La crise de la répression de la première moitié du XXe siècle est bien posée dans un long chapitre sur une nouvelle politique criminelle. Ce chapitre s’ouvre sur les propos d’Abely de 1934 : « La notion de nocivité sociale se substitue à celle de responsabilité et de culpabilité ; la sentence thérapeutique remplace la peine ». Après une illustration sur la folie meurtrière à l’écran, Marc Renneville pose le problème du déclin de la folie criminelle et de l’essor de la folie du crime. Son épilogue est riche d’enseignement quand il rappelle que « les figures du fou et du criminel sont intimement liées à notre conception du lien social, aussi sont-elles toujours mobilisées lorsque le sens de la peine est discuté par les politiciens ». Une lecture indispensable, un livre-plaisir.

Comptes-rendus en ligne

Recension de Guy Grenier pour l’Association canadienne de justice pénale (Revue canadienne de criminologie) http://www.ccja-acjp.ca/fr/rccr/rccr64.html

Recension de Hugo Billard pour le site des Clionautes (juin 2003) http://www.clionautes.org/spip.php ?article270

H-France Review Vol. 3 (November 2003), No. 130 Review by Alex Dracobly, University of Oregon. http://www.h-france.net/vol3reviews/dracobly.html

Nicole Edelman, Revue d’histoire du XIXe siècle, 2006-33, Relations sociales et espace public http://rh19.revues.org/document1176.html

Samuel Lézé, L’Homme, 177-178 – Chanter, musiquer, écouter, 2006 http://lhomme.revues.org/document2322.html

Textes en ligne

* avec Daniel Becquemont, « Faut que ça saigne ! » Présentation du dossier in Criminocorpus, Dossier thématique n°3 : Crimes et criminels dans le cinéma de fiction, 2007.
– Lire l’article en ligne sur le site Criminocorpus http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article70.html

* « Quand la folie meurtrière fait son cinéma. De Nosferatu au tueur sans visage » in Criminocorpus, Dossier thématique n° 3 : Crimes et criminels dans le cinéma de fiction, 2007.
– Lire l’article en ligne sur le site Criminocorpus http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article300.html

* en collaboration avec Farcy (Jean-Claude). La peine de mort en France de la Révolution à l’abolition. Exposition virtuelle, in Criminocorpus, Expositions virtuelles, Expo n° 1. 2006.
– Voir l’exposition en ligne sur le site Criminocorpus http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article106.html

* avec Philippe Poisson, « Surveillant militaire, j’ai vu la fin du bagne ». Entretien avec Emile Demaret in « Les bagnes coloniaux. 1791-1953 », Criminocorpus, 2006.
– Lire l’article en ligne sur le site Criminocorpus http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article120.html

* « Le criminel-né : imposture ou réalité ? », Autour des Archives de l’anthropologie criminelle, Dossier n° 1, Criminocorpus, 2005.
– Lire l’article en ligne sur le site Criminocorpus
http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article24.html

* « La criminologie perdue d’Alexandre Lacassagne (1843-1924) », Autour des Archives de l’anthropologie criminelle, Dossier n° 1, Criminocorpus, 2005.
– Lire l’article en ligne sur le site Criminocorpus http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article143.html

* « Tarde 2004 : D’une criminologie à l’autre », Champ pénal / Penal fields, 2005, Actes du 34e congrès français de criminologie, introduction au tome 1 « Les criminologiques de Tarde »
– Lire l’article en ligne sur le site de la revue http://champpenal.revues.org/document284.html

* en collaboration avec Jacqueline Carroy « Une cause passionnelle passionnante : Tarde et l’affaire Chambige (1889) », Champ pénal / Penal fields, 2005, Actes du 34e congrès français de criminologie, tome 1 « Les criminologiques de Tarde »
– Lire l’article en ligne sur le site de la revue http://champpenal.revues.org/document260.html
Lire la présentation de l’affaire sur ce site

* « Pour la création d’un centre national de ressources historiques sur les crimes et les peines », Champ pénal / Penal fields, 2004, vol. 1
– Lire l’article en ligne sur le site de la revue http://champpenal.revues.org/document36.html

* en collaboration avec Laurent Mucchielli, « Les causes du suicide : pathologie individuelle ou sociale ? Durkheim, Halbwachs et les psychiatres de leur temps (1830-1930) », Déviance et société, 1998, vol. 22, n° 1, p. 3-36.
– Lire l’article en ligne sur le site « Les classiques en sciences sociales » http://classiques.uqac.ca/contemporains/Renneville_marc/renneville_marc.html

* « Lumière sur un crâne ? Une lecture de la découverte de l’atavisme criminel » dans Jacqueline Carroy et Nathalie Richard (Ed.), La découverte et ses récits, Paris, L’ Harmattan, 1998, p. 15-36.
– Lire l’article en ligne sur le site des Archives ouvertes du CNRS http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00130288/en/

* « L’anthropologie du criminel en France », Criminologie (Acta criminologica), vol. XXVII, septembre 1994, n° 2, p. 185-209.
– Lire l’article en ligne sur le site de la revue http://www.erudit.org/revue/crimino/1994/v27/n2/017360ar.pdf

ao_cnrsD’autres textes en ligne sur le site des Archives ouvertes du CNRS : http://hal.archives-ouvertes.fr/aut/renneville/